Frappes ukrainiennes sur des infrastructures pétrolières russes et incident à la centrale nucléaire de Zaporijjia

Kyiv intensifie ses frappes sur l’infrastructure énergétique russe

Dans la nuit du 31 mai au 1er juin, des drones ukrainiens ont frappé plusieurs installations pétrolières stratégiques en Russie, dont une raffinerie majeure dans la région de Saratov et un nœud de transit pipelinier dans la région de Kirov, tandis qu’un drone frappait le bâtiment des turbines de la centrale nucléaire de Zaporijjia, occupée par la Russie depuis 2022.

Raffinerie Rosneft de Saratov visée à 700 km du front

La raffinerie de Saratov, appartenant au groupe Rosneft et affichant une capacité nominale d’environ 7 millions de tonnes de pétrole par an, a été touchée par une frappe de drone ukrainien. L’état-major ukrainien et les Forces des systèmes de drones ont confirmé l’attaque et l’incendie qui s’en est suivi.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a qualifié cette frappe de « sanctions de longue portée », soulignant que l’installation produisait notamment du carburant destiné aux forces armées russes. Selon Ukraïnska Pravda, le site est capable de fabriquer plus de 20 types de produits pétroliers.

Un nœud pipelinier sibérien atteint à 1 200 km des frontières ukrainiennes

Dans la région de Kirov, les Forces des opérations spéciales ukrainiennes ont confirmé avoir frappé la station LPDS Lazarevo, un point clé de l’oléoduc Surgout-Polotsk, situé à près de 1 200 kilomètres de la frontière ukrainienne. Cette infrastructure assure le transit du pétrole sibérien vers les ports baltes de Primorsk et Oust-Louga, ainsi que vers le Bélarus.

La station est également connectée au réseau de pipelines Droujba, permettant des transferts rapides entre les deux principaux oléoducs de la partie européenne de la Russie. Le gouverneur régional Alexandre Sokolov a confirmé une attaque de drones sans préciser la nature de la cible, indiquant seulement qu’un incendie s’était déclaré sans faire de victimes.

Autres frappes sur des dépôts de carburant

Dans la région de Rostov, un dépôt de carburant a pris feu à la suite d’une frappe de drone. Les forces ukrainiennes ont identifié la cible comme étant la base pétrolière Agroprodukt, située à Matveïev-Kourgan, à proximité immédiate de la frontière ukrainienne, équipée de grands réservoirs, de terminaux de chargement et d’une station de pompage.

Les Forces des opérations spéciales ukrainiennes ont souligné que « la destruction d’infrastructures de raffinage et de logistique pétrolière réduit les capacités économiques de l’ennemi à mener la guerre ». Des agences de presse occidentales avaient précédemment relevé qu’après une série d’attaques similaires, la quasi-totalité des grandes raffineries de la Russie centrale avaient dû arrêter ou réduire leur production.

Incident à la centrale nucléaire de Zaporijjia : accusations croisées

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a indiqué samedi que l’exploitant de la centrale de Zaporijjia — la plus grande d’Ukraine et d’Europe, actuellement sous contrôle russe — l’avait informée qu’un drone avait percuté le bâtiment des turbines, « provoquant un trou dans un mur ». Les experts de l’AIEA ont constaté des dommages à l’extérieur du bâtiment et confirmé que le niveau de radioactivité restait dans les limites normales.

L’entreprise publique russe Rosatom a accusé l’Ukraine d’une attaque délibérée, affirmant que la frappe avait provoqué une brèche dans le mur de la salle des machines sans endommager les équipements essentiels. Kyiv a fermement démenti ces accusations.

Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a qualifié ces allégations d’« illogiques » dans un communiqué officiel :

Le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, a appelé à la retenue dans un message publié samedi soir : « Il ne devrait y avoir aucune attaque, quelle qu’elle soit, depuis ou contre la centrale. Attaquer des sites nucléaires, c’est jouer avec le feu. »

Russie : plus de 200 drones lancés en une nuit sur l’Ukraine

Dans la nuit de samedi à dimanche, les forces russes ont lancé plus de 200 drones d’attaque et drones-leurres contre le territoire ukrainien. Les Forces aériennes ukrainiennes ont indiqué avoir abattu ou neutralisé 212 appareils de types Shahed, Geran et Italmas, principalement dans le nord et l’est du pays, mais 14 drones ont tout de même atteint 11 sites.

Dans la région de Tchernihiv, une frappe a tué un homme de 58 ans et détruit sept camions dans un incendie sur un parking. La région de Dnipropetrovsk a subi une vingtaine de frappes combinées drones-artillerie, faisant deux blessés et endommageant notamment une crèche et un cabinet médical.

Zelensky réclame davantage de missiles pour la défense antiaérienne

Sur l’ensemble de la semaine, le président Zelensky a recensé plus de 2 300 drones d’attaque, quelque 1 560 bombes aériennes guidées et 108 missiles tirés par la Russie contre l’Ukraine, ciblant selon lui « uniquement des infrastructures civiles ordinaires, des immeubles d’habitation et le secteur énergétique ».

Zelensky a annoncé la réception samedi d’un nouveau lanceur du système de défense sol-air IRIS-T fourni par l’Allemagne, remerciant Berlin pour son « soutien constant ». Il a réitéré son appel aux partenaires occidentaux — États-Unis et pays européens — pour la livraison de missiles supplémentaires destinés aux systèmes de défense antiaérienne ukrainiens, présentant cette capacité comme « l’une des priorités clés » pour contrer l’avantage russe.