Magyar Péter engage une procédure de destitution contre le président Sulyok Tamás
Le Premier ministre hongrois Magyar Péter, chef du parti Tisza, a annoncé lundi sa volonté de modifier la Loi fondamentale hongroise afin de permettre la destitution du président de la République, Sulyok Tamás, qui refuse de démissionner malgré un ultimatum fixé au 31 mai. La conférence de presse s’est tenue devant le Palais Sándor, résidence présidentielle à Budapest, au terme d’un entretien direct entre les deux responsables.
Une révision constitutionnelle, pas une loi ad hominem
Magyar Péter a précisé que la réforme envisagée ne serait pas taillée sur mesure pour un individu, mais constituerait un mécanisme général permettant de révoquer plusieurs catégories de hauts dirigeants de l’État. Il n’a pas détaillé la teneur exacte du dispositif, indiquant que les députés du groupe Tisza seraient consultés dans la journée avant toute décision formelle.
Le Premier ministre a également évoqué la possibilité d’introduire une élection présidentielle au suffrage direct, en remplacement du scrutin indirect actuel confié aux 199 membres de l’Assemblée nationale. Cette piste reste soumise à discussion au sein de la majorité parlementaire.
Les griefs contre Sulyok Tamás
Magyar a reproché au chef de l’État son silence face aux déclarations de l’ancien Premier ministre Viktor Orbán, qui avait évoqué publiquement des « parasites », un « grand nettoyage » et une « armée de l’ombre ». Selon Magyar, il appartenait au président de rappeler les limites du discours républicain.
Interrogé sur ces propos, Sulyok aurait répondu qu’il s’agissait d’une simple opinion politique ne nécessitant pas son intervention — une position que Magyar a jugée incompatible avec la mission constitutionnelle du chef de l’État, définie comme l’incarnation de « l’unité de la nation » et la garantie du « fonctionnement démocratique des institutions ».
Sulyok s’appuie sur la Commission de Venise
Dans une vidéo publiée dimanche sur Facebook, Sulyok Tamás a catégoriquement refusé de démissionner. Il a indiqué vouloir attendre l’avis de la Commission de Venise du Conseil de l’Europe, organe consultatif de référence en matière de droit constitutionnel, et a réaffirmé sa volonté de coopérer avec le gouvernement, notamment sur le déblocage des fonds européens.
En réaction, Magyar a publié un message sur Facebook critiquant le président pour ne défendre, selon lui, que son « salaire mensuel de 6,3 millions de forints », sans présenter d’excuses pour ses manquements allégués.
Un ultimatum élargi à plusieurs institutions
L’ultimatum du 31 mai ne concerne pas uniquement le président de la République. Magyar a également demandé le départ de plusieurs hauts responsables institutionnels, dont :
Un précédent institutionnel sous le Fidesz
Dans l’ordre constitutionnel hongrois, le président de la République dispose de prérogatives essentiellement cérémonielles, tout en jouant un rôle dans le contrôle de constitutionnalité des normes. Ses pouvoirs restent formellement limités.
Les quatre présidents élus grâce à la majorité constituante du Fidesz — Pál Schmitt, contraint de démissionner après un scandale de plagiat, János Áder, Katalin Novák, poussée au départ par un scandale pédophile, et désormais Sulyok Tamás — ont tous soutenu sans réserve les gouvernements d’Orbán, alimentant les critiques sur l’indépendance effective de la fonction présidentielle.

