Transparence salariale dans l’UE : la majorité des États membres manquera l’échéance du 7 juin 2026

Transposition de la directive européenne sur la transparence des rémunérations : un bilan alarmant à quelques semaines de l’échéance

À moins d’un mois de la date limite fixée au 7 juin 2026, la grande majorité des 27 États membres de l’Union européenne n’ont pas encore transposé la directive sur la transparence des rémunérations dans leur droit national. Ce texte, adopté pour réduire un écart salarial entre femmes et hommes établi à 11 % par Eurostat, impose aux employeurs une obligation accrue d’information sur les salaires pratiqués.

Six pays sans aucune mesure, dix avec un projet de loi en cours

Selon l’outil de suivi du cabinet international Addleshaw Goddard, six États membres n’avaient, en mai 2026, pris aucune mesure de transposition : l’Autriche, la Bulgarie, la Croatie, la Hongrie, le Luxembourg et le Portugal. En septembre 2025, ce chiffre atteignait encore dix pays, illustrant une accélération tardive et insuffisante.

Dix autres pays ont publié des projets de loi à des stades d’avancement variables : Chypre, le Danemark, l’Estonie, la France, l’Irlande, l’Italie, la Lettonie, la Lituanie, les Pays-Bas et la Roumanie. La Belgique, Malte et la Pologne affichent une mise en œuvre partielle.

La Slovaquie fait figure d’exception : son Parlement a approuvé la loi sur l’égalité de rémunération le 15 avril 2026, avec une entrée en vigueur prévue au 7 juin 2026. À l’inverse, la Suède a suspendu sine die son projet de loi en mars 2026, invoquant la charge administrative imposée aux employeurs.

France et Allemagne : une incertitude juridique préoccupante

En France, le non-respect de l’échéance semble acquis. Jérémie Paubel, associé en droit social chez Addleshaw Goddard, souligne que « même une fois la loi adoptée, des éléments clés devront encore être définis par des décrets d’application séparés, sans calendrier précis ». Il recommande aux entreprises d’agir dès maintenant : cartographie des catégories d’emplois, audit des structures de rémunération, identification des écarts.

En Allemagne, la situation est structurellement comparable. Marijke Van der Most, associée en droit social allemand au sein du même cabinet, avertit que le retard législatif « ouvre une période transitoire où les entreprises n’ont pas encore de règles nationales précises, alors que les tribunaux, les salariés et les comités d’entreprise se réfèrent déjà à l’orientation fixée par la directive ».

Berlin devrait actualiser sa législation en 2026. Des projets de loi sont également attendus en Tchéquie, Finlande, Grèce, Slovénie et Espagne.

Transparence dans les offres d’emploi : le Royaume-Uni en tête, l’Allemagne à la traîne

Les données de la plateforme de recrutement Indeed permettent de mesurer concrètement la progression de la transparence salariale dans les annonces d’emploi. En mars 2026, le Royaume-Uni — hors UE — affichait le taux le plus élevé d’Europe avec 56 % des offres mentionnant une rémunération, en recul toutefois par rapport aux 65 % enregistrés en mai 2025.

Au sein de l’UE, les Pays-Bas (48 %) et la France (43 %) dépassent le seuil des 40 %. L’Irlande (39 %) et l’Italie (36 %) suivent, cette dernière ayant sensiblement progressé depuis les 23 % de mai 2025. En queue de peloton, l’Espagne (17 %) et l’Allemagne (12 %) restent très en retrait.

Un coût chiffré pour les travailleuses européennes

La Confédération européenne des syndicats (CES) estime que l’absence de mise en œuvre de la transparence salariale coûte aux femmes entre 4,8 et 7,2 milliards d’euros par an à l’échelle de l’UE, soit entre 465 et 700 euros par femme et par an.

Lisa Feist, économiste du marché du travail de l’UE chez Indeed Hiring Lab, résume l’enjeu : « La rémunération est le premier facteur qui pousse les gens à chercher un nouveau travail. Pourtant, en Europe, c’est l’information que la plupart des offres d’emploi omettent. » Elle note néanmoins que les employeurs qui anticipent la transparence peuvent en tirer un avantage concurrentiel en matière de recrutement.

Des sanctions européennes en perspective

Les États membres qui ne transposeront pas la directive dans les délais s’exposent à des procédures d’infraction initiées par la Commission européenne. Si ce mécanisme est classique dans le droit de l’UE, il ne produit ses effets qu’à moyen terme — laissant dans l’intervalle des millions de travailleurs européens postuler à des emplois sans information préalable sur leur rémunération.