Caisses de pension suisses : un troisième trimestre solide porté par la baisse des engagements

À Zurich, dans les bureaux feutrés des gestionnaires de fortune institutionnels, un chiffre a retenu l’attention en ce début d’automne : 131,9 %. C’est le niveau atteint par l’indice de prévoyance compilé par le cabinet de conseil Willis Towers Watson (WTW) à l’issue du troisième trimestre 2024, contre 130,2 % trois mois auparavant. Derrière cette progression en apparence modeste se dessine une dynamique structurelle qui mérite une lecture attentive, tant elle illustre la complexité des mécanismes qui gouvernent la santé financière des caisses de pension helvétiques.

L’amélioration observée sur la période juillet-septembre ne provient pas, cette fois, d’une performance boursière exceptionnelle. Elle trouve son origine principalement du côté du passif du bilan. La hausse des taux d’actualisation de 53 points de base, portant ceux-ci à 1,65 %, a mécaniquement réduit la valeur actualisée des engagements de retraite d’environ 6,5 %. Cette évolution résulte à la fois de conditions de marché plus favorables et d’ajustements méthodologiques apportés par WTW à sa manière de déterminer les taux d’actualisation applicables au contexte suisse. En parallèle, l’hypothèse retenue d’un rendement futur plus élevé des avoirs de vieillesse des assurés a partiellement atténué cet effet, reflétant une pratique de marché qui s’est progressivement imposée au cours de l’année écoulée.

Du côté des actifs, la situation est demeurée relativement stable. Leur légère contraction, limitée à 0,6 %, s’explique par la consolidation des marchés actions après les fortes progressions enregistrées depuis le début de l’année, ainsi que par la pression exercée sur les titres à revenu fixe par la remontée des rendements obligataires. Sur les principaux marchés internationaux, les mois de juillet à septembre ont en effet été marqués par une révision généralisée des anticipations des investisseurs concernant l’inflation, la trajectoire de croissance économique et l’orientation future des politiques monétaires. Les tensions géopolitiques persistantes, les incertitudes liées au commerce mondial et la volatilité des prix de l’énergie ont par ailleurs maintenu une pression diffuse sur l’ensemble des classes d’actifs.

Ce que ce trimestre met en lumière, c’est précisément la nature duale du pilotage financier des institutions de prévoyance. Adam Casey, responsable du conseil en retraite d’entreprise chez WTW Suisse, le formule avec clarté : « Les rendements des placements retiennent souvent la plus grande attention, mais ce trimestre montre que les variations des engagements et l’évolution des taux d’intérêt peuvent avoir un impact tout aussi important. » Cette observation n’est pas anodine dans le contexte suisse, où le deuxième pilier constitue un pilier central du système de prévoyance et où la stabilité des caisses de pension conditionne directement la sécurité financière de millions d’assurés actifs et de rentiers.

Le contraste avec le trimestre précédent est instructif. Au deuxième trimestre, c’était la bonne performance des placements qui avait soutenu l’indice ; au troisième, c’est la réduction des engagements qui a fait l’essentiel du travail. Cette alternance rappelle que la solidité du financement des caisses de pension ne saurait être réduite à la seule lecture des marchés financiers. Dans un environnement où les taux d’intérêt restent susceptibles de fluctuer sous l’influence conjuguée des banques centrales, des dynamiques inflationnistes et des chocs exogènes, la capacité des institutions à gérer simultanément leur actif et leur passif constitue un enjeu de premier ordre pour la pérennité du Finanzplatz suisse et la robustesse de son architecture sociale.