Sécheresse en Suisse : points clés sur les risques de pénuries et l’impact sur la grande distribution

Depuis le printemps, une sécheresse persistante s’étend sur la Suisse, en particulier dans le Mittelland. Les précipitations restent structurellement inférieures aux moyennes pluriannuelles, les températures dépassent régulièrement les normes saisonnières, et l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) signale des niveaux préoccupants tant dans les cours d’eau que dans les nappes phréatiques. L’agriculture suisse absorbe de plein fouet ces conditions, avec des répercussions directes sur les volumes et la qualité des récoltes. La question qui se pose désormais est de savoir dans quelle mesure ces tensions se propageront jusqu’aux rayons de Migros, Coop, Denner et Lidl.

Une pression généralisée sur toutes les cultures

Matija Nuic, directeur de l’Association suisse des producteurs de légumes, ne mâche pas ses mots : «En principe, toutes les cultures souffrent de la chaleur et de la sécheresse.» Cette formulation lapidaire recouvre une réalité opérationnelle complexe. Même sous serre, où des dispositifs d’ombrage peuvent atténuer la chaleur, les températures constituent un défi permanent. L’élément véritablement discriminant reste l’accès à l’eau d’irrigation, dont les modalités varient considérablement d’une région à l’autre et dont les coûts pèsent lourdement sur les exploitations. La charge de travail s’est par ailleurs alourdie de façon significative, les besoins en arrosage ayant augmenté de manière continue depuis plusieurs semaines.

Des tensions ponctuelles sur l’approvisionnement ont déjà été observées. Nuic cite notamment les haricots et la laitue iceberg comme cultures ayant connu des ruptures localisées. Jusqu’ici, la demande a pu être satisfaite sans recours massif aux importations — un équilibre fragile que les vacances d’été ont probablement contribué à maintenir, en comprimant temporairement la consommation intérieure. L’horizon automnal reste incertain.

La question de l’eau, enjeu structurel de long terme

Au-delà de la conjoncture immédiate, Nuic formule une exigence de fond : «À long terme, l’accès à l’eau d’irrigation doit être garanti.» Si les exploitations maraîchères professionnelles disposent aujourd’hui, pour la plupart, d’un accès fonctionnel à l’irrigation, la pérennité de cet accès suppose des investissements et des régulations adaptés à la Kantonssouvränität en matière de gestion des ressources hydrauliques — un cadre qui génère des disparités territoriales significatives.

Nuic rappelle utilement que l’année 2021 avait produit l’effet inverse : des pluies persistantes avaient provoqué d’importantes pertes de récolte. La leçon est symétrique. Se prémunir contre les extrêmes météorologiques — qu’il s’agisse de sécheresse ou d’excès d’eau — ne présente une logique économique pour les producteurs que si les surcoûts induits peuvent être absorbés par la chaîne d’achat. Cette condition n’est aujourd’hui ni formalisée ni garantie.

Une stabilité apparente qui reste conditionnelle

Les grands distributeurs affichent pour l’instant une posture de prudence mesurée plutôt que d’alerte. Aucun ne signale de perturbation majeure, aucun n’anticipe de hausse de prix généralisée à court terme. Cette stabilité apparente tient cependant à plusieurs facteurs conjoncturels — niveau de consommation estival, stocks constitués avant la sécheresse, capacité résiduelle d’importation — qui pourraient se modifier rapidement si les conditions météorologiques ne s’améliorent pas d’ici la rentrée. Les prochaines semaines constitueront un test décisif pour mesurer jusqu’où la résilience de la chaîne d’approvisionnement agricole suisse peut absorber un épisode climatique qui s’inscrit, par sa durée et son intensité, dans une tendance de fond.