Voitures électriques : 9,2 millions d’immatriculations au premier semestre 2026, mais une dynamique mondiale contrastée

La thèse que les données du premier semestre 2026 imposent est la suivante : le marché mondial de l’électromobilité progresse structurellement, mais cette progression masque une fragmentation géographique croissante, où l’Europe accélère pendant que les deux locomotives historiques — la Chine et les États-Unis — marquent le pas sous l’effet de décisions politiques et de turbulences macroéconomiques. Pour la Suisse, dont le Finanzplatz et l’industrie d’équipementiers sont exposés à ces cycles, la lecture de ces chiffres mérite une attention analytique rigoureuse.

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), environ 5,3 millions de véhicules entièrement électriques (BEV) et hybrides rechargeables (PHEV) ont été vendus dans le monde au deuxième trimestre 2026 (avril–juin), soit une hausse de 35 % par rapport aux 3,9 millions enregistrés au premier trimestre. Le premier semestre se clôt ainsi sur un total de 9,2 millions d’immatriculations. Ce chiffre est toutefois inférieur d’environ 1 % à celui du premier semestre 2025, une légère contraction entièrement imputable à la faiblesse du début d’année, elle-même provoquée par des changements de politique industrielle en Chine et par la révision des dispositifs d’incitation fédéraux aux États-Unis. Le rebond du deuxième trimestre — +4 % par rapport à la même période de 2025 — confirme que le ralentissement était conjoncturel, non structurel.

La géographie de cette reprise mérite d’être examinée avec précision. Plus de 90 pays enregistrent une hausse des ventes, dont 50 établissent un record trimestriel. Parmi les marchés les plus dynamiques figurent l’Australie, le Brésil, l’Inde, la Corée du Sud et le Vietnam, où les immatriculations d’avril à juin ont pratiquement doublé par rapport à la même période de 2025. Ce phénomène s’explique en partie par l’afflux de modèles chinois à prix compétitifs et par la mise en place de nouvelles politiques de soutien locales — une combinaison qui illustre comment la compétitivité industrielle de Pékin se traduit en parts de marché à l’échelle mondiale, y compris dans des régions historiquement sous-pénétrées.

L’Europe en tête, la Chine à un tournant structurel

L’Europe constitue la zone la plus favorable parmi les grands marchés établis, avec une croissance des ventes de BEV et PHEV de 30 % sur le premier semestre, portée notamment par l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte réglementaire contraignant — les objectifs de réduction des émissions du parc neuf fixés par Bruxelles — qui, quelle que soit la position que l’on adopte sur le rythme de la transition, constitue un signal de prix stable pour les constructeurs et les investisseurs. Pour les entreprises suisses actives dans la chaîne de valeur automobile, ce momentum européen représente un débouché concret.

La situation chinoise est, en revanche, historiquement inédite. Pour la première fois depuis le début de la décennie, les ventes de voitures électriques en Chine devraient stagner en termes absolus par rapport à 2024, et ce malgré un taux de pénétration qui devrait dépasser 60 % du total des ventes automobiles — un niveau record. Ce paradoxe s’explique par la contraction du marché automobile global en Chine, dont les ventes toutes motorisations ont reculé de 20 % au premier semestre, sous l’effet d’une conjoncture dégradée et de la flambée des prix des carburants consécutive aux tensions au Moyen-Orient. Aux États-Unis, le recul est de plus de 3 % sur le même périmètre, reflet d’une politique fédérale moins favorable à l’électromobilité depuis le début de l’année.

Deux facteurs exogènes viennent néanmoins soutenir la demande mondiale. D’une part, la hausse des prix des carburants depuis le regain de tensions au Moyen-Orient renforce l’argument économique en faveur du véhicule électrique, en ramenant au premier plan la volatilité du coût d’usage des motorisations thermiques. D’autre part, l’AIE a légèrement relevé ses prévisions annuelles : les véhicules électriques représenteraient désormais 29 % des ventes mondiales de voitures neuves en 2026, contre 28 % estimés en mai, 25 % en 2025 et 20 % en 2024. En volume, l’agence anticipe 23 millions d’unités vendues sur l’année, soit une progression d’environ 10 % par rapport à 2025, avec un fort rebond attendu au second semestre. Ces projections restent conditionnées à la stabilité des cadres réglementaires nationaux — une variable dont la Suisse, dans ses négociations bilatérales avec l’Union européenne, ne saurait faire abstraction.