Depuis le déclenchement des hostilités entre Washington et Téhéran le 28 février, Donald Trump a multiplié les déclarations belliqueuses contre l’Iran, souvent dans des termes d’une brutalité inédite pour un président américain en exercice. Chaque fois ou presque, ces menaces ont été tempérées, reportées ou purement abandonnées dans les heures suivantes.
Ce schéma répétitif — escalade rhétorique, puis recul — s’est imposé comme la signature de la communication de guerre de l’administration Trump. Il complique singulièrement toute lecture stable des intentions réelles de Washington, tant pour les alliés que pour les adversaires.
Une chronologie de volte-faces documentées
Sur sa plateforme Truth Social, Trump a exigé que l’Iran rouvre «TOTALEMENT, SANS AUCUNE MENACE» le détroit d’Ormuz dans un délai de 48 heures, sous peine de voir ses centrales électriques frappées en priorité. Cibler délibérément des infrastructures civiles essentielles expose en droit international à une qualification de crime de guerre — une dimension juridique que l’administration n’a pas commentée publiquement.
Deux jours après cet ultimatum, le délai a été prolongé de cinq jours, au motif de «conversations très bonnes et productives» avec Téhéran. Une nouvelle suspension de dix jours a ensuite repoussé l’échéance au 6 avril, adossée cette fois à des discussions diplomatiques en cours.
Le registre s’est encore durci lorsque Trump a affirmé qu’«une civilisation entière va mourir ce soir», menaçant les quelque 90 millions d’habitants de la République islamique d’un anéantissement total. Quelques heures plus tard, il annonçait l’acceptation d’une trêve de deux semaines proposée par des médiateurs pakistanais.
Un autre épisode, parmi les plus saillants, a vu Trump écrire que les États-Unis frapperaient l’Iran «TRES FORT ce soir» et s’emparer à terme de l’île de Kharg ainsi que des infrastructures pétrolières iraniennes. Cinq heures plus tard, il déclarait avoir «annulé les frappes et bombardements prévus», invoquant des progrès dans les négociations de paix.
Récits contradictoires et crédibilité en jeu
Lors d’un conseil des ministres tenu à Camp David, Trump a affirmé que les États-Unis étaient «prêts à frapper l’Iran à des niveaux de force jamais vus depuis la Seconde Guerre mondiale», avant d’ajouter que Téhéran et plusieurs pays du Moyen-Orient auraient eux-mêmes sollicité une suspension des attaques. Les médias d’État iraniens ont démenti catégoriquement cette version des faits.
Au-delà des déclarations elles-mêmes, c’est la cohérence du récit officiel américain qui se trouve mise en cause. Trump a modifié à plusieurs reprises la chronologie du conflit ainsi que les justifications avancées pour l’intervention militaire, rendant difficile toute évaluation rigoureuse des objectifs stratégiques réels de Washington.
Pour les observateurs du Finanzplatz et les acteurs économiques exposés aux marchés énergétiques du Golfe, cette imprévisibilité structurelle constitue un facteur de risque autonome, indépendamment de l’issue militaire du conflit. La prime de risque géopolitique intégrée dans les cours du pétrole reflète moins une guerre que son illisibilité.

