Trump engage la procédure de révocation contre la gouverneure de la Fed Lisa Cook

Une lettre. C’est par ce biais que la Maison Blanche a formellement enclenché, vendredi, la procédure visant à évincer Lisa Cook du conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale américaine.

Tout commence en 2022, lorsque l’ancien président démocrate Joe Biden propose la nomination de Lisa Cook à la Fed. Économiste de formation, titulaire d’un doctorat, elle avait auparavant conseillé la Maison Blanche sous Barack Obama, puis intégré l’équipe de transition de Biden. Sa confirmation par le Sénat, acquise à une courte majorité malgré l’opposition nourrie du Parti républicain, l’inscrit dans l’histoire : elle devient la première femme noire à siéger au sein de cette instance. Son mandat court jusqu’en janvier 2038.

Des années plus tard, Donald Trump, revenu à la présidence, intensifie sa campagne de pression sur la banque centrale américaine. Il vise à y placer Kevin Warsh à sa tête. Lisa Cook devient une cible. Sur Truth Social, Trump affirme disposer d’un «motif valable» pour la révoquer, l’accusant d’avoir présenté deux logements distincts comme résidences principales lors de demandes de prêts immobiliers personnels, dans un court laps de temps. Cook conteste ces accusations, sa défense évoquant une simple erreur administrative, et saisit la justice pour se maintenir en poste.

Fin juin, la Cour suprême des États-Unis précise le cadre juridique applicable : si le président détient bien le pouvoir de révoquer un responsable de la banque centrale pour «motif valable», cette prérogative ne saurait s’exercer «pour n’importe quel motif, ou aucun motif». Trump balaie cette décision, la qualifiant de question «strictement procédurale».

C’est dans ce contexte que la Maison Blanche franchit un nouveau palier. Le courrier consulté par l’AFP, signé par Dan Scavino, chef de cabinet adjoint de Donald Trump, notifie à Lisa Cook qu’elle dispose de 21 jours pour répondre aux accusations dont elle aurait «eu connaissance depuis au moins le 25 août 2025» et auxquelles elle n’aurait «jamais apporté la moindre explication».

L’affaire dépasse le seul cas Cook. Elle cristallise un bras de fer institutionnel aux ramifications considérables : l’indépendance de la Réserve fédérale, pierre angulaire de la crédibilité monétaire américaine, se trouve directement mise à l’épreuve. Pour les marchés financiers mondiaux — le Finanzplatz zurichois compris —, toute déstabilisation durable de la gouvernance de la Fed constitue un facteur de risque systémique que les opérateurs surveillent avec une attention soutenue.