Procès en appel Vincenz : enrichissement illicite et notes de frais au cœur des débats devant la Cour suprême zurichoise

Le procès en appel de l’ancien directeur général de Raiffeisen, Pierin Vincenz, s’est ouvert ce lundi devant la Cour suprême du canton de Zurich, aux côtés de son principal co-accusé Beat Stocker, ex-dirigeant de la société d’émission de cartes de crédit Aduno. Les audiences sont planifiées jusqu’au 21 août, la cour ayant justifié cette durée de deux semaines par la « dimension extraordinaire du cas » et la complexité juridique du dossier. La présomption d’innocence s’applique à l’ensemble des prévenus.

Ce nouveau chapitre judiciaire intervient après une séquence procédurale particulièrement dense. En avril 2022, le tribunal de première instance avait condamné Pierin Vincenz à trois ans et neuf mois de prison ferme, et Beat Stocker à quatre ans, pour escroquerie, gestion déloyale qualifiée et corruption privée passive. Les deux hommes avaient interjeté appel. En février 2024, la Cour suprême zurichoise avait annulé ce jugement pour vices de procédure — avant que le Tribunal fédéral ne casse cette décision début 2025, estimant l’acte d’accusation conforme et renvoyant le dossier pour un examen sur le fond.

Des acquisitions d’entreprises au cœur des accusations

Le grief central formulé par l’accusation repose sur un mécanisme d’enrichissement indirect lors d’opérations de rachat d’entreprises. Selon le ministère public, Vincenz et Stocker auraient secrètement acquis des participations dans des sociétés cibles avant que Raiffeisen ou Aduno ne procèdent à leur acquisition, leur permettant ainsi d’empocher des bénéfices de plusieurs millions de francs au détriment de leurs employeurs respectifs. Ce type de montage, s’il est avéré, constitue une violation caractérisée du devoir de fidélité que tout dirigeant doit à l’institution qu’il représente.

Pour un établissement de la taille et de la nature coopérative de Raiffeisen — dont le modèle repose structurellement sur la confiance de ses membres — les implications réputationnelles de cette affaire dépassent le cadre pénal strict.

Notes de frais et dépenses privées : un argument de défense rejeté en première instance

Le procès examine également la question des notes de frais imputées par Vincenz à son employeur. L’accusation soutient que des dépenses à caractère privé — dont des visites dans des établissements de strip-tease et des voyages personnels — auraient été facturées à Raiffeisen sous couvert de « gestion des relations ». Cet argument, avancé par la défense de l’ancien banquier, n’avait pas convaincu le tribunal de première instance, qui l’avait explicitement écarté dans son jugement de 2022.

La question de la frontière entre représentation professionnelle et dépense privée constitue, en droit suisse des sociétés, un terrain contentieux récurrent — d’autant plus sensible lorsqu’il implique un dirigeant de premier plan du Finanzplatz helvétique.

Une affaire née d’une enquête journalistique

L’origine de cette procédure remonte à 2016, lorsque le journaliste Lukas Hässig a publié sur sa plateforme en ligne Inside Paradeplatz un article questionnant les participations de Raiffeisen et les relations d’affaires entre Vincenz et Stocker. Cette publication avait déclenché une série d’investigations internes et judiciaires dont le présent procès en appel constitue l’aboutissement provisoire.

L’issue de ces audiences déterminera si les condamnations prononcées en 2022 sont confirmées, allégées ou infirmées — avec des conséquences potentielles pour la gouvernance des grandes coopératives financières suisses et pour les standards de compliance attendus de leurs dirigeants.