Un quart de finale historique contre l’Argentine, une gouvernance FIFA sous tension, une génération de binationaux à convaincre : la première année de Peter Knäbel à la présidence de l’Association Suisse de Football (ASF) concentre, à elle seule, les principaux défis structurels du football helvétique. La thèse qui se dégage de ses récentes déclarations est claire : le Mondial 2026 a constitué un catalyseur, mais le vrai travail commence maintenant.
Sur la question de la gouvernance de la FIFA, l’ASF adopte une posture de pragmatisme calculé. Knäbel le confirme sans détour : la fédération suit « de très près » les développements autour d’une éventuelle réélection de Gianni Infantino, prévue fin mars 2027, et entend s’y impliquer « activement ». Elle s’est déjà positionnée sur l’affaire Balogun et sur les projets de commercialisation des droits de la FIFA. Mais elle refuse de s’engager formellement tant qu’aucun candidat alternatif crédible n’émerge. Cette réserve n’est pas de l’inertie : c’est une lecture froide du rapport de forces institutionnel, caractéristique d’une petite fédération qui pèse davantage par ses alliances que par son poids brut.
Le parcours de la Nati au Mondial 2026 — élimination en quart de finale face à l’Argentine, sur fond de carton rouge controversé contre Breel Embolo, jugé non conforme aux règles par l’IFAB — a généré un élan populaire et financier dont l’ASF entend tirer parti sur le long terme. Knäbel évoque un bénéfice potentiel de l’ordre de trois millions de francs, dont la moitié revient à la Swiss Football League selon les accords en vigueur ; le solde sera affecté à un fonds stratégique soutenant le football de base, le football féminin et l’élite, dans le cadre de la stratégie 2026-2030. Ce cadre prévoit notamment qu’au moins l’une des sélections nationale — masculine ou féminine — atteigne une demi-finale d’une grande compétition d’ici à 2030. Les hommes en sont proches ; les femmes entrent en octobre dans la phase décisive des barrages pour le Mondial 2027 au Brésil.
La bataille des binationaux, enjeu structurel
Le dossier des joueurs à double nationalité révèle une tension de fond que Knäbel reconnaît sans fard. Plus de 70 % des internationaux suisses masculins détiennent deux nationalités ou davantage. Alessandro Romano a choisi l’Italie ; Albian Hajdari et Leon Avdullahu, formés dans les sélections juniors helvétiques, ont eux aussi opté pour d’autres fédérations. Knäbel refuse d’en faire un drame, mais tire une leçon opérationnelle : l’ASF doit « agir de manière anticipée, et pas seulement réagir ». Son argument central est économique autant que sportif — la Nati se qualifie régulièrement pour les grandes compétitions, ce qui ouvre des portes vers les meilleurs championnats européens, comme l’illustre le transfert de Johan Manzambi à Aston Villa à l’été 2026. La conviction du joueur reste déterminante, mais elle se construit aussi par des signaux concrets.
Ce qui transparaît au fil des déclarations de Knäbel, c’est une vision délibérément systémique : ni triomphalisme post-Mondial, ni alarmisme face aux départs. L’image qu’il retient du quart de finale — « cette lueur dans les yeux de Dan Ndoye après son égalisation » — n’est pas anecdotique. Elle symbolise une énergie collective que l’ASF entend capitaliser, à condition de ne pas confondre l’élan émotionnel avec une stratégie. Le changement de génération est en cours ; Murat Yakin et son staff l’ont déjà géré à plusieurs reprises. La question n’est pas de savoir si la transition aura lieu, mais à quelle vitesse et avec quelle profondeur de banc. Pour le football féminin, une qualification pour le Mondial 2027 représenterait un levier d’audience considérable, notamment dans le sillage de l’Euro 2025 organisé en Suisse. L’implication est simple : l’ASF dispose d’une fenêtre d’opportunité rare, et elle sait qu’elle ne durera pas.

