Fribourg alloue 41 millions de francs à son deuxième plan climat pour la période 2027-2031

C’est sous le signe de la sécheresse que le Grand Conseil fribourgeois a tranché. Mercredi, dans une salle quasi unanime — 91 voix pour, 1 contre, 4 abstentions —, les députés ont adopté le plan climat de deuxième génération (PCC2) du canton, couvrant la période 2027-2031. L’enveloppe finale s’établit à 41 millions de francs, soit dix millions de plus que la version initialement soumise, une augmentation qui reflète autant la pression des événements climatiques récents que les arbitrages politiques d’une législature traversée par des tensions sectorielles.

L’amendement à l’origine de ce surplus budgétaire est signé du député socialiste Simon Zurich. Sa proposition, à laquelle le Conseil d’État s’est rallié — représenté en séance par Jean-François Steiert pour l’environnement et Didier Castella pour l’agriculture —, prévoit une répartition strictement paritaire des dix millions supplémentaires : cinq millions iront à des mesures complémentaires d’adaptation et de soutien en faveur de l’agriculture, cinq autres financeront la revitalisation des forêts et des cours d’eau. Cette architecture budgétaire répond partiellement à une motion de l’UDC réclamant un soutien exceptionnel de dix millions pour le secteur agricole, durement éprouvé par les épisodes de sécheresse.

La trajectoire parlementaire du texte n’a pas été linéaire. Déposé par les députés Eric Barras et Adrian Brügger, il avait obtenu le caractère d’urgence lors de la session de septembre. Sur le fond, les sensibilités divergent quant à l’équilibre entre planification et action concrète : Barras lui-même a tenu à rappeler qu’il est «davantage temps d’agir plutôt que de produire des études et des statistiques», ajoutant que «la réalité est dans nos champs et dans nos villes». Le plénum a également accepté un amendement du député PLR Benoît Glasson, visant à garantir que les fonds atteignent effectivement leurs destinataires, par souci de simplification administrative. À l’inverse, les tentatives d’aller plus loin ont échoué : les Vert-e-s et leurs alliés réclamaient 20 millions additionnels, et la députée Catherine Esseivaz (PVL) en proposait quatre de plus — ni l’un ni l’autre n’a convaincu la majorité.

Sur le plan structurel, le PCC2 articule 23 mesures relevant de la compétence du Conseil d’État, organisées autour de trois axes : réduire la dépendance aux énergies fossiles, limiter la vulnérabilité du territoire, des infrastructures, de la population et de la production locale face aux aléas climatiques, et assurer l’exemplarité de l’État par des investissements dans l’économie cantonale. À ces 41 millions s’ajouteront des projets dits «d’envergure», qui feront l’objet de demandes de financement individuelles estimées à 29,65 millions de francs supplémentaires, portant le périmètre global de l’effort bien au-delà du crédit-cadre voté mercredi.

Le gouvernement cantonal fonde sa démarche sur des analyses actualisées des risques climatiques, un nouveau bilan carbone cantonal et des trajectoires sectorielles de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ce bilan 2025 constate qu’«un effort accru de réduction des émissions est nécessaire, notamment dans les transports et l’alimentation». La progression est notable par rapport au premier plan climat, doté de 21 millions en 2021 : le financement a pratiquement doublé en l’espace d’un cycle, signal d’une montée en charge progressive des ambitions cantonales, même si la réflexion est déjà engagée pour un troisième plan.

La mise en œuvre mobilisera 45 partenaires, avec pour mission d’accompagner entreprises, exploitations agricoles, écoles, communes, institutions liées à l’État et population dans la transition climatique du canton. Derrière les chiffres et les décrets, c’est une question de résilience économique qui se pose : pour les exploitants agricoles fribourgeois confrontés à des étés de plus en plus arides, les cinq millions fléchés vers l’adaptation sectorielle représentent moins une ligne budgétaire qu’une bouée de survie pour des modèles d’exploitation dont la viabilité à moyen terme dépend désormais, en partie, de la capacité de l’État à anticiper plutôt qu’à indemniser après coup.