Le Conseil d’État tessinois s’est réuni jeudi en séance extraordinaire afin d’examiner les implications institutionnelles de l’ouverture d’une procédure judiciaire visant Claudio Zali, président du gouvernement cantonal. La situation soulève des questions concrètes sur la gouvernance de l’exécutif cantonal, sur la répartition des compétences au sein du collège gouvernemental, et sur les mécanismes de suppléance prévus par le droit public tessinois.
L’enquête porte sur l’intervention personnelle de M. Zali en faveur d’un mineur — fils d’une amie du conseiller d’État — incarcéré à la prison préventive de Lugano à la suite d’une rixe. Le magistrat aurait intercédé directement dans cette affaire, ce qui a conduit l’autorité judiciaire compétente à ouvrir une procédure formelle à son encontre. M. Zali n’a pas encore été entendu par les enquêteurs ; il affirme n’avoir « commis aucune irrégularité ».
Face à ce contexte, M. Zali a lui-même demandé à se dessaisir temporairement de la direction du département en charge de la justice et de la police cantonale. Le Conseil d’État a accepté cette requête. La responsabilité de ce secteur est désormais assumée, à titre transitoire, par Marina Carobbio Guscetti (PS), vice-présidente du gouvernement, selon le communiqué officiel de l’exécutif cantonal.
Un second élément vient alourdir le dossier. Un enregistrement audio, diffusé sur Instagram et dans lequel la voix du ministre a été formellement identifiée, le montre incitant une amie à frapper une personne présentée comme une stalker, en évoquant un comportement similaire qu’il aurait lui-même adopté. Le Conseil d’État a indiqué qu’il « prendra position prochainement », tout en précisant dès à présent qu’il « condamne fermement toute forme de violence et d’incitation à la violence, même verbale ».
Sur le plan institutionnel, cette configuration illustre le fonctionnement de la Kantonssouvränität en matière de gestion des crises internes à l’exécutif : en l’absence de mécanisme de destitution immédiate, c’est le principe de la suppléance collégiale qui prend le relais, permettant à l’administration cantonale de maintenir sa continuité opérationnelle sans rupture formelle. La durée de ce dessaisissement provisoire dépendra de l’avancement de la procédure judiciaire en cours.

