Une performance qui confirme la solidité du modèle de formation professionnelle helvétique
Troisième au classement mondial, première en Europe. Le résultat obtenu par la délégation suisse aux WorldSkills de Shanghai, qui se sont achevés dimanche 27 septembre 2026, n’est pas le fruit du hasard. Il reflète une stratégie structurée, portée par des institutions comme la Fondation SwissSkills, et ancrée dans un système d’apprentissage dual dont la Suisse fait depuis longtemps un pilier de sa compétitivité économique.
Seules la Chine et la Corée du Sud ont devancé la Confédération dans ce classement général, qui agrège les résultats de quelque 1 400 participants issus de plus de 60 pays, en compétition dans 38 branches professionnelles distinctes. La délégation helvétique, forte de 42 jeunes professionnels, a rempli les deux objectifs qu’elle s’était fixés en amont de la compétition : décrocher le titre de «Top 3 mondial» et celui de «Best of Europe».
Un palmarès solide, construit sur des centaines d’heures d’entraînement
Le bilan médaillé de l’équipe suisse s’établit à douze distinctions au total : quatre médailles d’or, deux d’argent et six de bronze. À cela s’ajoutent vingt-trois «Medals of Excellence», attribuées aux candidats ayant atteint un seuil de performance international élevé sans monter sur le podium. Ces chiffres traduisent une profondeur de niveau remarquable au sein de la délégation, au-delà des seuls lauréats.
La Fondation SwissSkills souligne que chaque talent engagé dans cette compétition a consacré environ 1 000 heures d’entraînement à sa préparation, un investissement considérable qui conditionne l’accès à l’élite mondiale. Ce volume de travail, encadré par des experts souvent eux-mêmes anciens compétiteurs, illustre la rigueur méthodologique qui sous-tend le système helvétique de formation professionnelle initiale.
Parmi les médaillés, un seul représentant de Suisse romande figure au palmarès : Augustin Mettraux, apprenti menuisier originaire de Fontainemelon (NE), âgé de 20 ans, a décroché la médaille de bronze dans sa discipline. Sacré meilleur apprenti menuisier de Suisse en 2025 et troisième en ébénisterie la même année, il s’entraînait depuis mars sous la conduite de Loïc Santschi, lui-même participant à la précédente édition des WorldSkills. Mettraux avait déclaré cet été à Arc Info viser explicitement une médaille à Shanghai — objectif atteint. Le Carougeois Eliott Vadi, déjà médaillé d’or aux SwissSkills 2025, termine quant à lui à la quatrième place en bijouterie-joaillerie, à un rang seulement du podium. Au total, trois Romands faisaient partie de la délégation suisse engagée en Chine sur les quatre jours de compétition.
Ce que ce classement dit du modèle suisse
La performance de Shanghai ne saurait être réduite à un simple résultat sportif. Elle intervient dans un contexte où la formation professionnelle constitue une réponse structurelle aux tensions du marché du travail suisse, notamment face aux pénuries de main-d’œuvre qualifiée dans les secteurs industriels, artisanaux et technologiques. Environ deux tiers des jeunes en Suisse empruntent chaque année la voie de l’apprentissage dual plutôt que celle de la maturité gymnasiale, un ratio qui distingue la Confédération de la plupart des économies européennes comparables.
Le fait que la Chine et la Corée du Sud devancent la Suisse au classement général mérite d’être contextualisé : ces deux États mobilisent des délégations significativement plus importantes et disposent de ressources publiques dédiées à la préparation de leurs compétiteurs à une échelle que la Confédération, avec ses structures fédéralistes et ses 42 participants, ne cherche pas à reproduire. La performance suisse par participant demeure ainsi structurellement supérieure à celle de la quasi-totalité des nations concurrentes, ce qui constitue l’indicateur le plus pertinent d’efficience systémique.
À l’heure où plusieurs cantons débattent des modalités de financement de la formation professionnelle et où la Kantonssouvränität en matière éducative complexifie toute harmonisation nationale, le résultat de Shanghai apporte un argument empirique de poids en faveur du maintien et du renforcement du modèle dual. Ce n’est pas un symbole. C’est une donnée.

