Le yen japonais a touché 162,41 yens pour un dollar lors des échanges matinaux à Tokyo ce mardi, son niveau le plus faible depuis décembre 1986. Ce quatrième trimestre consécutif de recul — environ 2 % sur le seul deuxième trimestre — repose sur le marché des changes une question que les autorités nippones ne peuvent plus esquiver : jusqu’où laisser glisser la devise avant d’agir ?
Les facteurs structurels à l’œuvre sont bien identifiés. L’écart de taux entre le Japon et les États-Unis reste le moteur central de la faiblesse du yen, alimentant un carry trade massif qui pèse mécaniquement sur la monnaie.
Les analystes s’accordent à considérer que le risque d’intervention à court terme est élevé, les positions spéculatives contre le yen ayant atteint des niveaux inégalés depuis plusieurs années. Mais le consensus est tout aussi net sur les limites de l’exercice : sans réduction significative de l’écart de taux, toute intervention ne fait que gagner du temps. La prochaine décision de politique monétaire de la Banque du Japon, attendue le 31 juillet, ainsi que les prochaines statistiques de l’emploi américain, constitueront les deux jalons déterminants pour la trajectoire du dollar et, par ricochet, du yen.
Pour la Suisse, la situation n’est pas sans résonance. Un yen structurellement faible modifie les équilibres de compétitivité dans les secteurs d’exportation à haute valeur ajoutée — horlogerie, machines-outils, pharmacie — où les producteurs helvétiques affrontent des concurrents japonais dont les coûts en devise forte se trouvent mécaniquement allégés. La Banque nationale suisse suit ces dynamiques de près, dans un contexte où le franc reste une devise refuge de premier ordre.

