Une majorité de Britanniques redoute les effets de l’IA sur l’emploi
Sept personnes sur dix au Royaume-Uni s’inquiètent des conséquences économiques de l’intelligence artificielle sur le marché du travail, selon une enquête publiée par le Policy Institute du King’s College London, conduite auprès de plus de 4 500 étudiants, jeunes adultes, employeurs et membres du grand public.
Plus de la moitié des répondants estiment que l’IA engendrera un chômage de masse, et une personne sur cinq juge que ce scénario pourrait déboucher sur des troubles sociaux. Le rapport paraît dans un contexte de montée de mouvements anti-IA, dont le collectif QuitGPT, dont l’appel au boycott de ChatGPT a gagné en visibilité depuis la signature, en février, d’un accord entre OpenAI et le ministère américain de la Défense.
La peur du public contraste avec l’optimisme des employeurs
Quatre répondants sur dix perçoivent l’IA comme présentant davantage d’inconvénients que d’avantages, et près de la moitié déclarent préférer éviter les technologies fondées sur l’IA. Ce pessimisme tranche avec les positions des employeurs, nettement plus favorables.
Près de 70 % des employeurs se disent enthousiastes face aux opportunités que pourrait générer l’IA, et environ la moitié estiment que la technologie créera autant d’emplois qu’elle en supprimera. En comparaison, 32 % du grand public considèrent que l’IA remplace déjà des salariés.
Malgré cet optimisme affiché, 22 % des employeurs reconnaissent avoir déjà ralenti leurs recrutements ou supprimé des postes en raison de l’adoption de l’IA — un chiffre qui atteint 29 % dans les grandes organisations.
Des gains économiques jugés peu susceptibles d’être partagés équitablement
Deux tiers des répondants extérieurs au monde patronal estiment que les bénéfices économiques liés à l’IA iront principalement aux investisseurs aisés et aux grandes entreprises. Parmi le grand public, seuls 7 % anticipent une redistribution équitable des gains.
Bobby Duffy, coauteur de l’enquête et directeur du Policy Institute, résume ainsi le sentiment dominant : « Le public, les travailleurs, les jeunes et les étudiants suivent le développement fulgurant de l’IA avec davantage de crainte que d’enthousiasme. Ils sont vraiment préoccupés par ce que cela va faire aux emplois, en particulier aux postes d’entrée. »
Malgré ce pessimisme, 43 % des personnes interrogées indiquent qu’elles continueront à utiliser l’IA, contre 26 % qui affirment le contraire — signe d’une ambivalence profonde plutôt que d’un rejet tranché.
Un encadrement réglementaire réclamé par une majorité
Face à ces inquiétudes, le grand public formule des attentes claires à l’égard des pouvoirs publics :
Les jeunes actifs, principale catégorie exposée
L’enquête révèle que le public est davantage préoccupé par l’impact de l’IA sur les jeunes que ces derniers ne le sont eux-mêmes. Près de six personnes sur dix partagent la prédiction formulée en 2025 par Dario Amodei, PDG d’Anthropic, selon laquelle l’IA pourrait supprimer la moitié des emplois de début de carrière dans les cols blancs d’ici cinq ans.
Parmi les parents interrogés, 50 % estiment que l’IA pourrait nuire aux perspectives professionnelles de leurs enfants. Pourtant, seul un parent sur trois ayant des enfants de moins de 30 ans déclare avoir abordé ce sujet avec eux.
Un fossé entre les sexes se dessine nettement chez les étudiants : 52 % des étudiants masculins jugent l’IA bénéfique pour le Royaume-Uni, contre seulement 38 % des étudiantes. Ce constat rejoint les conclusions d’un rapport 2025 de l’Organisation internationale du travail (OIT), selon lequel les femmes sont trois fois plus susceptibles que les hommes de perdre leur emploi du fait de l’automatisation par l’IA dans les pays à revenu élevé.
68 % des étudiants redoutent des pertes d’emplois liées à l’IA après l’obtention de leur diplôme, et 60 % s’attendent à un marché du travail sensiblement plus difficile à leur entrée dans la vie active. Par ailleurs, trois étudiants sur dix déclarent qu’ils choisiraient aujourd’hui une autre filière d’études en raison de la montée en puissance de l’IA.
