Migros Zurich cède Tegut à Edeka : le Bundeskartellamt approuve la transaction sous conditions

Le retrait de Migros Zurich du marché allemand de la grande distribution prend forme, non sans contraintes imposées par les autorités de la concurrence.

Tout commence en 2013, lorsque la coopérative zurichoise acquiert la chaîne de supermarchés Tegut, implantée principalement en Hesse, en Thuringe, en Bavière du Nord et dans le Bade-Wurtemberg. Pendant plus d’une décennie, Migros Zurich tente d’inscrire cette filiale dans une logique de développement transfrontalier, sans parvenir à en stabiliser les comptes. En mars de cette année, la direction de la coopérative annonce officiellement la cession de Tegut, un réseau alors composé de 340 sites et employant quelque 7 400 personnes. Les estimations de pertes cumulées pour Migros Zurich atteignent à ce stade un maximum de 600 millions d’euros, soit environ 570 millions de francs suisses — une exposition financière significative pour une structure coopérative régionale.

Un mois après cette annonce, les contours de la transaction se précisent : le projet initial prévoit la reprise par Edeka de 202 supermarchés Tegut, de 41 magasins automatisés opérant sous l’enseigne Teo, de la boulangerie Herzberg Bäckerei et d’un centre logistique. Edeka, premier distributeur alimentaire d’Allemagne avec une part de marché d’environ 30 %, se présente comme l’acquéreur naturel d’un tel ensemble. Dès juin, le Bundeskartellamt — l’Office fédéral allemand de la concurrence — autorise en parallèle la reprise de 36 magasins Tegut de petite taille par Tante Enso, ouvrant ainsi la voie à un démantèlement progressif du réseau.

C’est dans ce contexte que le Bundeskartellamt rend, ce lundi, sa décision sur le volet principal de la transaction. L’autorité valide la cession de 178 magasins Tegut à Edeka, mais assortit son feu vert d’une condition structurelle : Edeka s’engage à ne pas acquérir 24 magasins supplémentaires pendant une durée de quatre ans. Sans cet engagement, précise l’institution dans son communiqué, «le rachat aurait vraisemblablement entravé de manière significative la concurrence effective dans 34 zones de marché régionales» et aurait conduit Edeka à acquérir ou renforcer une position dominante dans neuf d’entre elles. La mesure vise à protéger les consommateurs des régions concernées d’un resserrement excessif de l’offre.

La concentration du secteur justifie cette prudence régulatoire. L’an passé, quatre acteurs seulement ont totalisé plus de 90 % des ventes alimentaires en Allemagne : Edeka en tête avec environ 30 %, suivi du groupe Schwarz — qui regroupe Lidl et Kaufland — à 25 %, de Rewe à environ 22 % et d’Aldi à environ 15 %. Dans un marché aussi oligopolistique, toute acquisition d’envergure appelle un examen minutieux, et le Bundeskartellamt poursuit d’ailleurs l’instruction du dossier Rewe, dont le délai d’examen a été prolongé jusqu’au 29 octobre.

Du côté de Migros Zurich, Patrik Pörtig, directeur de la coopérative, a salué la décision tout en regrettant que la totalité des magasins prévus n’ait pu être cédée dans ce premier temps. Il assure néanmoins que le retrait du marché allemand «avance comme prévu» et que la coopérative travaille à «une reprise ordonnée». La fermeture de la centrale logistique de Fulda est programmée au 31 mars prochain, marquant une étape concrète dans le démantèlement de l’infrastructure opérationnelle. Quant aux 24 magasins exclus du périmètre Edeka, Migros Zurich doit désormais identifier un acheteur alternatif.

Edeka, dont le siège est à Hambourg, se félicite pour sa part d’une issue qu’elle qualifie de «bonne nouvelle pour les employés et les habitants des régions concernées». Quelque 3 700 salariés bénéficient ainsi d’une garantie de continuité d’emploi. Les magasins repris seront progressivement intégrés au groupe coopératif, une partie d’entre eux étant destinée à opérer sous l’enseigne du discounter Netto. L’aventure allemande de Migros Zurich, engagée avec ambition il y a plus de dix ans, s’achève ainsi sur un bilan financier lourd et une sortie négociée sous le regard attentif des régulateurs.