Dans les ateliers d’Astana, le bruit des machines côtoie désormais les plans d’une expansion ambitieuse. Stadler Rail, le constructeur thurgovien de matériel ferroviaire, injecte 14 milliards de tenges — soit environ 25 millions de francs — dans l’extension de son site de production au Kazakhstan, confirmant ainsi l’ancrage croissant de l’entreprise sur ce marché d’Asie centrale.
Une ligne automatisée au cœur du projet
Le projet prévoit notamment l’installation d’une ligne de production automatisée dédiée à la fabrication de châssis de wagons en aluminium. Ce choix technologique reflète une orientation industrielle précise : l’aluminium, plus léger que l’acier, répond aux exigences croissantes d’efficacité énergétique dans le secteur ferroviaire. Pour Stadler, il s’agit de renforcer une compétence technique déjà maîtrisée en Suisse et de la déployer à grande échelle sur un site à moindre coût de main-d’œuvre.
L’extension doit générer une centaine de nouveaux emplois à Astana, venant s’ajouter aux 650 collaborateurs déjà en poste sur place. Le processus de recrutement et de formation est d’ores et déjà engagé, selon le communiqué publié vendredi par l’entreprise. Ce renforcement des effectifs locaux s’inscrit dans une logique de transfert de compétences que le gouvernement kazakh encourage activement dans le cadre de sa politique d’industrialisation.
Un accord cadre signé fin 2024 avec Astana
La décision d’investir ne relève pas d’une initiative isolée. Stadler Rail et le ministère de l’Industrie et de la Construction du Kazakhstan avaient formalisé fin 2024 un accord portant sur le développement des activités de l’entreprise dans le pays. Cet accord s’inscrit dans un cadre d’investissement total de 29,5 milliards de tenges — environ 53 millions de francs — planifié sur la période 2023 à 2031.
Sur le plan stratégique, ce positionnement au Kazakhstan permet à Stadler de diversifier sa base de production au-delà de l’Europe, tout en bénéficiant d’une proximité géographique avec des marchés ferroviaires en développement en Asie centrale et dans l’espace post-soviétique. Le Kazakhstan, doté d’un réseau ferroviaire dense hérité de l’ère soviétique et en cours de modernisation, représente un débouché commercial structurel pour les équipements de transport sur rail.
Un pari industriel à long terme
Pour une entreprise dont le siège reste ancré à Bussnang, dans le canton de Thurgovie, l’expansion kazakhe illustre une trajectoire d’internationalisation mesurée mais constante. Stadler opère déjà dans de nombreux pays, de l’Allemagne aux États-Unis, en passant par l’Ouzbékistan et la Biélorussie. Le choix du Kazakhstan comme site de production — et non simplement de vente — témoigne d’une volonté de s’intégrer durablement dans le tissu industriel local, condition souvent exigée par les autorités pour l’attribution de grands contrats publics.
À terme, c’est la compétitivité globale de Stadler qui se joue dans ces arbitrages géographiques. Produire localement réduit les coûts logistiques, facilite l’accès aux appels d’offres nationaux et répond aux exigences de contenu local imposées par les États clients. Pour les 750 collaborateurs bientôt réunis à Astana, l’enjeu est plus immédiat : celui d’un savoir-faire ferroviaire suisse qui prend racine, wagon par wagon, au cœur des steppes kazakhes.

