Volte-face américaine : Washington suspend ses frappes et ouvre la voie à un accord avec Téhéran
Donald Trump a annoncé jeudi soir l’annulation des frappes militaires américaines prévues contre l’Iran, invoquant des discussions de haut niveau avec la direction iranienne et la perspective imminente d’un accord. Ce revirement intervient après une journée marquée par des déclarations belliqueuses du président américain, qui promettait le matin même des bombardements massifs et la saisie des infrastructures pétrolières iraniennes.
Un accord en vue, les détails encore flous
« Étant donné que les discussions avec la République islamique d’Iran ont été portées au plus haut niveau de la direction iranienne et approuvées, j’ai […] annulé les frappes et bombardements prévus contre l’Iran ce soir », a écrit Trump sur son réseau Truth Social.
Le président américain a précisé que les « derniers points » avaient été approuvés par toutes les parties, sans divulguer le contenu de l’accord. Il a simplement indiqué que « la date et le lieu de la signature seront annoncés prochainement ».
Le blocus naval américain des ports iraniens, instauré à la mi-avril, demeure néanmoins en vigueur jusqu’à la « finalisation de la transaction », selon Trump.
Un changement de ton radical en quelques heures
Ce message contraste fortement avec les déclarations formulées plus tôt dans la journée. Le matin, Trump avait écrit sur Truth Social : « L’armée américaine va frapper l’Iran TRÈS FORT CE SOIR. »
Il avait également annoncé l’intention de prendre le contrôle de l’île de Kharg et d’autres sites pétroliers iraniens, évoquant un scénario similaire à celui appliqué au Venezuela.
L’île de Kharg, située dans le nord du golfe Persique, concentre environ 90 % des exportations de brut iranien, acheminées principalement vers la Chine et les marchés asiatiques. Toute frappe contre ses infrastructures — réservoirs de stockage, oléoducs et terminaux offshore — aurait des répercussions directes sur les marchés pétroliers mondiaux, déjà sous tension.
Trois jours de frappes croisées au bord de l’escalade
Ce revirement survient alors que les États-Unis et l’Iran s’échangent des frappes pour le troisième jour consécutif, faisant peser sur le Moyen-Orient le risque d’une reprise du conflit à grande échelle.
L’attaque américaine de la nuit de mercredi à jeudi a été décrite comme plus intense et plus étendue que celle de la veille. Téhéran a communiqué peu d’informations sur l’ampleur des dégâts, tout en affirmant avoir riposté contre le Koweït, Bahreïn et la Jordanie.
L’armée américaine a par ailleurs indiqué avoir tiré des missiles pour immobiliser un pétrolier tentant de transporter du pétrole iranien. Un responsable indien a confirmé qu’une frappe américaine contre un navire marchand plus tôt dans la semaine avait coûté la vie à trois marins indiens.
Dans un communiqué publié jeudi, le ministère iranien des Affaires étrangères a estimé que les attaques américaines avaient « de facto vidé le cessez-le-feu de son sens », sans toutefois annoncer formellement sa rupture.
Le détroit d’Ormuz et le nucléaire, au cœur des négociations
Les négociations portent notamment sur le contrôle iranien du détroit d’Ormuz, dont la restriction du trafic a provoqué une hausse des prix de l’énergie, des denrées alimentaires et d’autres produits de base à l’échelle mondiale.
Téhéran a annoncé jeudi la fermeture formelle du détroit, mais la portée concrète de cette mesure reste incertaine : le trafic y est déjà fortement limité depuis le début du conflit. Le Commandement central américain a contesté ces affirmations, et Trump a indiqué mercredi que Washington avait mené une mission secrète pour faire transiter des navires par le détroit.
Le programme nucléaire iranien constitue l’autre ligne de fracture majeure. Washington et Tel-Aviv, qui ont justifié leur entrée en guerre le 28 février par la nécessité d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme atomique, s’inquiètent des stocks d’uranium hautement enrichi accumulés par Téhéran. L’Iran, pour sa part, maintient que son programme est exclusivement pacifique.

