Un mandat d’arrêt. C’est l’aboutissement, en moins de soixante-douze heures, d’une enquête menée à un rythme inhabituel dans la principauté de Monaco, micro-État méditerranéen de deux kilomètres carrés réputé pour la densité de son dispositif sécuritaire.
Le parquet général de Monaco a annoncé jeudi 2 juillet l’identification d’un suspect dans le cadre de l’enquête sur la tentative d’assassinat à l’engin explosif commise lundi soir dans le hall d’entrée d’un immeuble résidentiel de la principauté. Une notice rouge Interpol a été émise dans la foulée, étendant la traque à l’échelle internationale. Le procureur général Stéphane Thibault a salué «la qualité du travail» des forces de police monégasques ainsi que «une coopération pénale internationale, tant policière que judiciaire, efficace», qui ont permis, selon ses termes, «d’identifier en un temps particulièrement court la personne suspectée d’être l’auteur des faits».
Selon des informations rapportées par Le Figaro et BFMTV, le suspect repéré sur les images de vidéosurveillance — portant un bob noir et la tête dissimulée — serait une femme ayant pu se travestir en homme. Le parquet n’a pas confirmé ces éléments dans son communiqué officiel, réservant un point presse pour vendredi matin à 11h30. Une information judiciaire pour tentative d’assassinat et plusieurs autres chefs d’inculpation a par ailleurs été ouverte et confiée à trois juges d’instruction.
Les faits remontent au lundi soir. Une personne dépose un colis dans le hall d’un petit immeuble situé à proximité immédiate de la frontière française. L’engin explose au moment précis où trois résidents — un couple et un adolescent de treize ans — franchissent l’entrée. Les trois sont blessés. L’adolescent est admis en urgence relative à l’hôpital pour enfants Lenval de Nice. Les deux adultes, dont le pronostic vital est initialement engagé, sont transférés au CHU de Nice. Mercredi, l’état de l’homme s’était stabilisé ; celui de la femme demeurait préoccupant.
Les autorités monégasques maintiennent leur réserve officielle sur l’identité des victimes. Des sources concordantes désignent néanmoins Vadim Ermolaev, 58 ans, homme d’affaires originaire d’Ukraine et détenteur de la nationalité chypriote, résident à Monaco depuis au moins 2021, comme la cible principale de l’attaque — accompagné de sa compagne et de son fils. Ermolaev fait l’objet, depuis décembre 2023, de sanctions prononcées par Kiev en raison de ses activités commerciales en Crimée, territoire annexé par la Russie. Ce contexte géopolitique confère à l’affaire une dimension qui dépasse largement les frontières du micro-État.
L’onde de choc est réelle. Monaco, dont la superficie n’excède pas deux kilomètres carrés et dont la population d’environ 40 000 habitants — internationale et souvent fortunée — bénéficie d’une surveillance permanente et d’un ratio forces de l’ordre par habitant parmi les plus élevés au monde, se trouve confrontée à un acte d’une violence rarissime sur son sol. La rapidité de l’identification du suspect témoigne de l’efficacité des mécanismes de coopération judiciaire multilatérale, mais la question centrale — celle des commanditaires éventuels — reste, à ce stade, entière.
Avec AFP

