Sommet mondial sur l’IA à Genève : Rösti positionne la Suisse entre attractivité et régulation minimale

Albert Rösti l’a dit clairement lors du Forum digitalswitzerland à Berne mardi : le Sommet mondial sur l’intelligence artificielle, prévu les 21 et 22 juin prochains à Genève, ne saurait se substituer aux processus de politique intérieure helvétique. Le chef du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC) a néanmoins insisté sur la capacité de cet événement à « donner des impulsions importantes » au débat national, le qualifiant de cadre structurant plutôt que de forum décisionnel.

Cette distinction n’est pas anodine. En positionnant le sommet comme un catalyseur externe plutôt qu’un substitut aux délibérations fédérales, le Bundesrat Rösti préserve formellement la souveraineté décisionnelle de la Confédération dans un domaine technologique à évolution rapide, tout en exploitant la visibilité internationale que confère à la Suisse son rôle de cinquième pays hôte de cette série de rencontres.

Deux objectifs structurent la stratégie helvétique pour ce sommet, tels qu’ils avaient été dévoilés en juillet à Genève. Le premier est économique : valoriser l’attractivité de la place suisse auprès des entreprises actives dans le secteur de l’IA, un signal adressé directement au Finanzplatz et à l’écosystème technologique national. Le second est diplomatique : faire progresser la coopération internationale sur des enjeux que Rösti lui-même reconnaît comme transversaux — données, infrastructures, capacités de calcul, énergie, gestion des risques — et qui « ne préoccupent pas seulement la Suisse ».

Sur la question réglementaire, la position du Bundesrat demeure cohérente avec une ligne pro-marché : favorable à une régulation, mais « minimale », de façon à ne pas entraver l’innovation. Cette posture tranche avec les appels au ralentissement formulés ces derniers jours par plusieurs dirigeants de grandes entreprises technologiques mondiales, qui plaident pour une pause permettant de mieux cerner les risques systémiques liés à l’IA.

La Confédération a également opté pour un format délibérément technique plutôt que politique. Berne privilégie la participation de ministres en charge de l’IA plutôt que des chefs d’État et de gouvernement — une approche que Rösti avait présentée en août comme propice à des discussions « concrètes », et qui avait alors été justifiée par les contraintes budgétaires fédérales. Le Conseil fédéral a alloué six millions de francs à l’organisation de l’événement, une enveloppe modeste au regard de l’ambition affichée, mais conforme à la rigueur financière actuelle de la Confédération.

Les chefs d’État des pays ayant précédemment accueilli le sommet seront toutefois conviés, ce qui préserve une dimension politique de haut niveau sans en faire le centre de gravité de la rencontre genevoise.

En marge de ce forum, la directrice générale de la SSR, Susanne Wille, a profité de la tribune pour annoncer une nouvelle campagne nationale destinée à renforcer la littératie numérique de la population sur les technologies d’IA. Une initiative que Rösti a explicitement soutenue, soulignant l’importance que les citoyens suisses « saisissent les contours » d’une technologie dont les implications économiques, sociales et infrastructurelles s’annoncent durables.