Sept mois après que Donald Trump a évoqué publiquement, pour la troisième fois, la possibilité de s’emparer par la force du Groenland, les trois parties concernées ont paraphé mardi un texte de dix pages à New York. Le président américain, la Première ministre danoise Mette Frederiksen et le chef du gouvernement groenlandais ont signé cet accord devant les caméras, mettant ainsi un terme — du moins formellement — à une crise qui avait profondément ébranlé les relations transatlantiques.
Que prévoit concrètement ce document, et quelles en sont les implications géopolitiques et institutionnelles ? Voici les réponses aux questions essentielles.
Quel est le contenu précis de l’accord ?
Le texte s’articule autour de trois axes principaux. Il autorise d’abord l’établissement de deux nouvelles bases militaires américaines dans le sud et l’est du Groenland, respectivement à Narsarsuaq et à Mestersvig. L’article 4 du document précise en outre que Washington peut moderniser et élargir ses activités à Pituffik, sa seule base actuellement active, située dans le nord de l’île.
Le deuxième volet concerne le contrôle des investissements étrangers. L’accord interdit à tout acteur extérieur à l’Union européenne et à l’OTAN d’exercer un contrôle dans des secteurs stratégiques du territoire. Cette disposition vise explicitement à prévenir toute prise d’influence progressive de la Chine ou de la Russie, notamment via des participations économiques dans des infrastructures sensibles.
Troisième élément structurant : la clause de continuité. Le texte stipule que l’accord demeure en vigueur même si le Groenland accède un jour à l’indépendance vis-à-vis du Danemark — à condition que l’île maintienne son appartenance à l’Alliance atlantique.
Quelle est la portée juridique et politique de ce texte ?
La Première ministre danoise a tenu à préciser que l’accord « respecte la souveraineté et l’intégrité territoriale du Royaume du Danemark, ainsi que le droit du Groenland à l’autodétermination ». Cette formulation n’est pas anodine : elle répond directement aux déclarations de Trump, qui avait évoqué en janvier dernier la possibilité d’un recours à la force pour s’emparer du territoire.
Sur le plan institutionnel, la clause d’indépendance mérite une attention particulière. En liant l’appartenance à l’OTAN à la validité de l’accord, Washington se ménage une garantie stratégique durable, quelle que soit l’évolution du statut constitutionnel du Groenland au sein du Royaume du Danemark.
Pourquoi cette crise a-t-elle éclaté, et pourquoi maintenant ?
Au plus fort de la crise, début 2025, Trump avait refusé d’exclure publiquement un recours à la force, suscitant une inquiétude réelle au sein des institutions européennes et de l’OTAN. Pour la première fois depuis des décennies, un allié américain menaçait ouvertement le territoire d’un autre État membre de l’Alliance.
Quelles questions restent ouvertes ?
L’accord signé à New York apporte une réponse opérationnelle immédiate, mais plusieurs zones d’ombre subsistent. La population groenlandaise, qui compte quelque 57 000 habitants, n’a pas été directement consultée par voie référendaire sur ce texte. Or les aspirations indépendantistes y sont réelles et documentées, ce qui rend la clause OTAN politiquement sensible à long terme.
Par ailleurs, l’interdiction faite aux acteurs extérieurs à l’UE et à l’OTAN d’investir dans des secteurs stratégiques soulève une question de mise en œuvre : quels mécanismes de contrôle et de sanction sont prévus ? Le texte de dix pages ne détaille pas les modalités de surveillance, laissant cette question en suspens.
Enfin, du côté européen, cet accord illustre une tendance plus large : la reconfiguration des équilibres sécuritaires dans l’Arctique se négocie désormais en grande partie hors des cadres multilatéraux traditionnels, avec des États-Unis qui fixent les termes et des partenaires européens qui s’y adaptent.

