La Chine lance une enquête antidumping contre l’UE à la veille de négociations commerciales cruciales à Pékin

Pékin a ouvert une nouvelle enquête antidumping visant un produit chimique importé de l’Union européenne, moins d’une semaine avant la visite du commissaire européen au Commerce, Maroš Sefčovič, dans la capitale chinoise pour des discussions destinées à prévenir une escalade du différend commercial entre les deux blocs. Le ministère du Commerce chinois a annoncé samedi qu’il examinerait si le p-nitrotoluène à bas prix en provenance de l’UE inonde le marché intérieur chinois, à la suite d’une plainte de producteurs locaux faisant état d’« atteintes à la production et aux activités ».

Ce composé chimique, utilisé dans la fabrication de colorants, de médicaments et de pesticides, fait l’objet d’une procédure dont la durée standard est fixée à douze mois, avec une possible prolongation de six mois supplémentaires. L’enquête s’inscrit dans un contexte de réciprocité croissante : elle fait directement écho à une procédure ouverte en septembre par Bruxelles sur les importations de chlorure de polyvinyle en provenance de Chine, entre autres pays.

La tension commerciale sino-européenne s’est considérablement intensifiée au cours des derniers mois. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a indiqué en août que l’UE avait lancé 30 enquêtes de défense commerciale en l’espace d’un an, soit près du triple du rythme habituel, tandis que les importations chinoises vers le marché européen ont progressé de 45 % en cinq ans. Le déficit commercial du bloc vis-à-vis de la Chine atteint désormais 1 milliard d’euros par jour, un chiffre qui structure l’ensemble des négociations à venir.

Le mécanisme en jeu est celui du dumping : une entreprise exporte un produit à un prix inférieur à celui pratiqué sur son marché domestique, ou en dessous de son coût de production réel. Les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) autorisent le pays importateur à répliquer par des droits antidumping supplémentaires, à condition qu’une enquête établisse un préjudice causé aux producteurs locaux. Pékin conteste l’application de cette logique à ses industriels, niant que leur compétitivité repose sur des subventions d’État, et a menacé de prendre des contre-mesures face aux décisions européennes.

C’est dans ce contexte que Sefčovič se rendra à Pékin les 8 et 9 octobre pour coprésider une session du Conseil UE-Chine sur le commerce et l’investissement et rencontrer le ministre du Commerce chinois, Wang Wentao. Cette visite correspond précisément à l’échéance fixée par Bruxelles en juin pour obtenir des résultats tangibles de son dialogue avec la Chine. Bruxelles souhaite notamment obtenir des garanties sur une réduction des exportations chinoises vers l’UE et une prolongation de la trêve concernant les exportations de terres rares, deux dossiers jugés stratégiques.

Dans un entretien accordé à Euronews le mois dernier, Sefčovič a qualifié ces discussions de « hautement politiques » et conditionné leur succès à des résultats concrets. Il a averti qu’à défaut d’avancées, il existerait « un fort mouvement politique pour demander des mesures plus sévères ». Il a également précisé que, s’il ne disposait d’aucun résultat à présenter, « l’intérêt politique serait de chercher la solution par d’autres instruments ».

Les chefs d’État et de gouvernement de l’UE se réunissent à Bruxelles les 15 et 16 octobre, soit une semaine après le déplacement du commissaire — un calendrier qui confère à la mission de Sefčovič une pression politique difficilement négligeable.