Ottawa pousse au renouvellement de l’accord commercial nord-américain avant la révision de juillet
Le Canada a officiellement demandé aux États-Unis et au Mexique de reconduire pour 16 ans l’Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC), le traité de libre-échange qui structure les échanges commerciaux nord-américains depuis le début des années 1990. Cette démarche intervient alors que l’administration Trump maintient une pression rhétorique et tarifaire sur Ottawa.
Dans une lettre adressée mardi au représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, et au secrétaire mexicain à l’Économie, Marcelo Ebrard, le Canada qualifie l’accord de « très avantageux pour chacun de nos pays et pour l’économie nord-américaine intégrée ».
Trois options sur la table avant juillet
La révision formelle de l’AEUMC est prévue en juillet 2026. Si les trois parties ne parviennent pas à un consensus pour une prolongation de 16 ans, l’accord demeure en vigueur pour dix années supplémentaires, assorti d’un cycle de révisions annuelles.
Le ministre canadien chargé des relations commerciales avec les États-Unis, Dominic LeBlanc, a confirmé avoir rencontré Greer à Washington en compagnie de la principale négociatrice commerciale du Canada, Janice Charette. LeBlanc a indiqué avoir soumis plusieurs propositions visant à répondre aux griefs américains de longue date à l’égard du Canada.
LeBlanc avait précédemment laissé entendre que Washington pourrait préférer le mécanisme de révisions annuelles, une approche qui permettrait à l’administration Trump d’entretenir une incertitude structurelle sur la pérennité du pacte — un levier de pression non négligeable dans les négociations bilatérales.
Le Mexique aligné sur la position canadienne
Ebrard a déclaré mardi que Mexico partageait la position d’Ottawa en faveur d’une reconduction de 16 ans. Les deux pays ont également reçu des lettres de Greer, selon LeBlanc, ce qui suggère que des échanges trilatéraux formels sont en cours.
À noter que Washington conserve la possibilité de se retirer unilatéralement de l’accord moyennant un préavis de six mois, une clause qui confère aux États-Unis un avantage structurel dans toute négociation sur le renouvellement.
La rhétorique du « 51e État » relancée par Trump
En parallèle des discussions commerciales, Donald Trump a publié lundi sur les réseaux sociaux le message « 51st State! », en réponse à un article signalant que le Canada serait en passe d’entrer en récession technique. Le message a été amplifié par l’ambassadeur américain au Canada, Pete Hoekstra.
Cette sortie a suscité des réactions fermes côté canadien. Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a déclaré : « Je n’arrive pas à croire que je doive le répéter, mais le Canada ne sera jamais le 51e État. Le Canada n’est pas à vendre. »
Le premier ministre canadien Mark Carney, interrogé sur l’opportunité d’expulser l’ambassadeur Hoekstra, a écarté cette option. « C’est une administration avec laquelle nous devons travailler. C’est notre relation commerciale la plus importante », a-t-il déclaré, ajoutant que son gouvernement ne répondrait pas systématiquement aux publications de Trump sur les réseaux sociaux.
Un contentieux commercial substantiel entre Ottawa et Washington
Carney a par ailleurs reconnu certaines fragilités de l’économie canadienne en marge d’une réunion du cabinet. Il a précisé que les États-Unis recensent actuellement environ 30 contentieux commerciaux avec le Canada, contre près de 60 avec le Mexique.
Ces chiffres illustrent l’ampleur des frictions commerciales que la révision de l’AEUMC devra absorber, dans un contexte où la Maison-Blanche a démontré sa disposition à utiliser les droits de douane comme instrument de politique étrangère.

