Frappes américaines en Iran, ripostes sur le Golfe : l’escalade militaire menace le détroit d’Ormuz

Le détroit d’Ormuz, par lequel transite en temps normal environ un cinquième du brut mondial, est redevenu le théâtre d’une confrontation militaire directe entre les États-Unis et l’Iran, avec des répercussions immédiates sur les marchés pétroliers et sur la stabilité de l’ensemble de la région du Golfe Persique. Dans la nuit de dimanche à lundi, l’armée américaine a lancé une nouvelle série de frappes contre des cibles militaires iraniennes, moins de vingt-quatre heures après une première vague d’attaques menée le week-end précédent, portant à plus de cent quarante le nombre de sites visés depuis le début des hostilités.

Selon le commandement américain pour le Moyen-Orient (CENTCOM), les forces américaines ont ciblé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que des embarcations légères opérant dans le détroit. Ces frappes, débutées vers 00h30 heure de Téhéran et achevées un peu plus de cinq heures plus tard, ont touché de vastes zones de l’ouest et du sud de l’Iran, notamment l’île de Qeshm, le port stratégique de Bandar Abbas — situé à hauteur du détroit lui-même — ainsi que la province du Khouzistan, frontalière de l’Irak. Un mort et quatre blessés ont été signalés à Mahchahr par l’agence officielle iranienne Irna, qui avait déjà fait état d’une victime dans l’île de Farur la veille.

L’objectif déclaré de Washington demeure identique à celui annoncé lors des premières frappes : empêcher Téhéran d’attaquer les équipages civils et les navires commerciaux transitant par Ormuz. Les États-Unis tiennent l’Iran pour responsable de l’attaque contre le GFS Galaxy, porte-conteneurs battant pavillon chypriote, survenue durant le week-end dans le détroit. Vingt-trois membres d’équipage ont été secourus par le sultanat d’Oman, qui poursuit les recherches pour retrouver un marin toujours porté disparu.

La réponse iranienne ne s’est pas fait attendre. Les Gardiens de la Révolution ont annoncé avoir bombardé plusieurs bases militaires du Golfe Persique utilisées par l’armée américaine, visant les bases aériennes Prince Hassan en Jordanie, Ali al-Salem et Ahmad al-Jaber au Koweït, ainsi que le centre de commandement de drones américain à Bahreïn. À Bahreïn, les sirènes d’alerte aérienne ont retenti tôt lundi matin, comme la veille. L’armée jordanienne a indiqué avoir abattu quatre missiles iraniens, tandis que les forces koweïtiennes ont confirmé être en train de neutraliser des «cibles aériennes hostiles».

Sur le plan diplomatique, Téhéran a «fermement condamné» les bombardements américains, accusant Washington d’avoir «réduit à néant tous les efforts de ces derniers mois» visant à rétablir la paix dans la région, et d’avoir «ouvertement violé quasiment tous les termes» du protocole d’accord signé le 17 juin dernier. Ce texte prévoyait une réouverture du détroit, Téhéran n’autorisant toutefois qu’un seul couloir de navigation, le long de ses côtes, en menaçant les navires qui emprunteraient un itinéraire différent. L’Iran a finalement annoncé dimanche refermer le détroit jusqu’à nouvel ordre. «Ce passage stratégique est plus important que des dizaines de bombes atomiques et la République islamique d’Iran le protégera», a déclaré Mohsen Rezaï, conseiller militaire du guide suprême iranien, cité par l’agence Isna.

Le CENTCOM conteste cette lecture : selon Washington, «l’Iran ne contrôle pas le détroit» et la circulation maritime se poursuit normalement. Cette divergence d’interprétation, au-delà de sa dimension rhétorique, reflète l’enjeu central du conflit : la capacité effective à contrôler ou à interdire un passage par lequel circulent chaque jour des volumes considérables d’hydrocarbures à destination des marchés asiatiques et européens.

Les marchés ont réagi sans attendre. Les cours du pétrole ont enregistré une forte hausse lundi matin, dès la reprise des échanges, sous l’effet conjugué de la reprise des hostilités et de l’annonce de la fermeture du détroit. Pour la Suisse, dont le Finanzplatz gère d’importants flux de négoce de matières premières — Genève et Zoug concentrant une part substantielle du commerce international de brut — toute perturbation durable d’Ormuz se traduit mécaniquement par une volatilité accrue des prix et un renchérissement des coûts d’approvisionnement pour l’ensemble de l’économie européenne. Le Bundesrat ne s’est pas encore exprimé publiquement sur la situation, mais les implications pour la neutralité helvétique et pour les intérêts économiques du pays méritent d’être suivies avec attention.

La séquence des dernières quarante-huit heures illustre la fragilité des arrangements diplomatiques conclus sous pression : un protocole d’accord signé en juin, déjà limité dans sa portée, n’aura pas résisté à la première mise à l’épreuve sérieuse. Ce que l’on observe désormais n’est pas seulement une escalade militaire localisée, mais la remise en cause, par les faits, de l’hypothèse selon laquelle des accords partiels suffisent à stabiliser des rapports de force profondément asymétriques. L’issue dépendra moins des déclarations des chancelleries que de la capacité — ou de la volonté — de chaque partie à accepter une désescalade dont ni Washington ni Téhéran ne semblent, pour l’heure, vouloir prendre l’initiative.