Houthis et détroit d’Ormuz : deux points de passage maritimes critiques simultanément menacés
Les rebelles houthistes du Yémen ont annoncé lundi une interdiction totale de navigation israélienne en mer Rouge, tout en lançant une attaque de missile contre Israël. Cette déclaration intervient alors que le détroit d’Ormuz demeure bloqué par l’Iran dans le cadre du conflit israélo-iranien en cours, plaçant simultanément deux des artères maritimes les plus stratégiques du monde sous la menace.
Une double menace sur le commerce maritime mondial
Le détroit de Bab el-Mandeb, large de seulement 26 kilomètres en son point le plus étroit, relie la mer Rouge au golfe d’Aden et à l’océan Indien. Environ 12 % du commerce maritime mondial y transite, représentant quelque 1 000 milliards de dollars de marchandises par an. Le détroit d’Ormuz, quant à lui, achemine environ un cinquième du pétrole et du gaz maritimes mondiaux.
La conjonction de ces deux blocages constitue un choc logistique sans précédent pour les chaînes d’approvisionnement mondiales, avec des implications directes pour les importateurs et exportateurs européens, dont la Suisse.
Un précédent établi lors de la guerre de Gaza
Entre octobre 2023 et le cessez-le-feu de 2025, les Houthis avaient mené près de 200 attaques contre des navires de commerce en mer Rouge, contraignant des armateurs majeurs comme Maersk et Hapag-Lloyd à contourner le cap de Bonne-Espérance. Ce détour allonge les trajets d’environ 14 jours et génère des surcoûts significatifs.
Le flux de pétrole transitant par le détroit de Bab el-Mandeb avait alors chuté de 8,8 millions à environ 4 millions de barils par jour. Selon une analyse de Lloyd’s List Intelligence, le nombre moyen de traversées mensuelles en mars 2026 s’élevait à 1 034, contre plus de 2 000 en septembre 2023 — soit une réduction de plus de moitié.
Une escalade annoncée, une exécution méthodique
Les Houthis avaient suspendu leurs attaques après le cessez-le-feu à Gaza, mais avaient explicitement conditionné cette trêve à l’évolution du conflit avec l’Iran. Le groupe fait partie de l’Axe de la Résistance, réseau soutenu, entraîné et armé par Téhéran, qui comprend également le Hezbollah libanais, le Hamas et des milices irakiennes.
Dans un communiqué officiel, les forces armées houthistes ont déclaré : « Nous déclarons une interdiction complète et totale de la navigation maritime israélienne en mer Rouge. Nous considérons tous les mouvements ennemis comme des cibles militaires légitimes. »
Un risque d’escalade progressive
Une source houthiste a indiqué à l’agence Reuters que l’interdiction visant les navires israéliens ne constituait qu’une première étape. Une nouvelle escalade pourrait conduire le groupe à interdire le passage de tout navire à destination d’Israël, voire à élargir le périmètre des cibles, comme ce fut le cas lors de la guerre de Gaza.
L’impact potentiel de cette nouvelle menace est jugé plus sévère qu’en 2023-2025, dans la mesure où la mer Rouge joue désormais un rôle de voie d’acheminement alternative pour le pétrole du Moyen-Orient détourné du Golfe en raison de la fermeture d’Ormuz. Les deux crises se renforcent mutuellement, comprimant les marges de manœuvre des opérateurs maritimes et des acheteurs d’énergie à l’échelle mondiale.

