Choc pétrolier au Moyen-Orient : les marchés face au risque d’une nouvelle flambée des prix

Un conflit qui fragilise durablement l’approvisionnement mondial en hydrocarbures

Au centième jour du conflit opposant Israël et l’Iran, les hostilités ont brièvement repris le 7 juin, provoquant une fluctuation des cours du pétrole de plus de 5 %. Alors que les réserves stratégiques mondiales s’amenuisent et que les négociations piétinent, des experts redoutent une nouvelle hausse des prix à l’approche de la saison estivale.

Un choc pétrolier historique aux effets encore contenus

Déclenchée le 28 février par Israël et les États-Unis, la guerre contre l’Iran est qualifiée par Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), de « plus grave choc pétrolier de l’Histoire ». La fermeture du détroit d’Ormuz — par lequel transitait environ 20 % des hydrocarbures mondiaux avant le conflit — a entraîné une hausse des cours de 40 à 50 %, avec un pic de 126,41 dollars le baril fin avril.

Ce niveau, bien qu’élevé, reste inférieur au record historique de 147,50 dollars pour le Brent, atteint lors de la crise financière de 2008. Depuis, les cours sont repassés sous la barre des 100 dollars.

Francis Perrin, directeur de recherche à l’IRIS et spécialiste des questions énergétiques, relativise toutefois cette accalmie : « Ce niveau n’est pas très élevé au regard de la gravité de la situation pétrolière. » Il souligne une forte corrélation entre les fluctuations des marchés et les déclarations de Donald Trump, notamment lors de l’annonce du cessez-le-feu le 7 avril et du protocole d’accord avec l’Iran le 23 mai.

Des facteurs d’amortissement aux limites désormais visibles

Plusieurs éléments ont jusqu’ici limité l’impact du choc. Les prix particulièrement bas du pétrole en début d’année — autour de 60 dollars, liés à une production excédentaire — ont constitué un premier amortisseur. La Chine, premier importateur mondial de brut, a également fortement réduit ses achats depuis fin février, compensant ce repli en puisant dans ses vastes réserves stratégiques.

À mi-mars, l’AIE, qui regroupe 32 pays de l’OCDE, a décidé de libérer 400 millions de barils issus de ses réserves d’urgence — un volume record. Cette mesure n’a toutefois pas suffi à faire baisser les prix : ce stock ne représente que 20 jours des exportations qui transitaient avant la guerre par le détroit d’Ormuz.

Début juin, l’AIE a reconnu que la moitié de ces 400 millions de barils avaient déjà été utilisés, qualifiant le recours aux réserves de simple « palliatif temporaire ».

Le risque d’une nouvelle flambée reste entier

Francis Perrin identifie deux facteurs structurels non résolus. D’une part, la destruction par l’armée iranienne d’installations gazières et pétrolières dans les pays du Golfe, qui affectera durablement la production régionale. D’autre part, la fermeture persistante du détroit d’Ormuz, qu’il qualifie de « principal problème pour le pétrole ».

« Il est tout à fait possible que les prix repartent fortement à la hausse si les négociations n’apportent pas rapidement de résultats tangibles », avertit-il. Les marchés, selon lui, « ont misé sur une résolution rapide du conflit et restent pour l’heure sur cette ligne » — un pari dont la fragilité est illustrée par les échanges de missiles du 7 juin.

Le kérosène, point de tension critique pour l’aviation européenne

En Europe, un produit pétrolier cristallise les inquiétudes : le kérosène, dont 20 % des approvisionnements transitaient par le détroit d’Ormuz. Le 16 avril, Fatih Birol avait alerté sur le fait que l’Europe ne disposait plus que d’environ « six semaines de kérosène ».

Au pic de la crise début mai, le prix du kérosène avait doublé, passant de 750 à 1 410 dollars la tonne. Le commissaire européen aux Transports durables et au Tourisme, Apostolos Tzitzikostas, a réfuté tout risque de pénurie cet été, tout en reconnaissant que les compagnies aériennes avaient été contraintes d’« annuler certaines de leurs liaisons ».

La chercheuse spécialiste des matières premières Anna Creti pointe une logique de marché défavorable aux acteurs les plus vulnérables : « C’est un marché global qui se réajuste au plus offrant. Les petits aéroports pourraient être pénalisés et avoir du mal à s’approvisionner. »

Pour les passagers, la répercussion tarifaire semble inévitable. « Les compagnies aériennes achètent à des prix très élevés et répercuteront forcément ces surcoûts sur les billets d’avion », conclut-elle.