L’expiration imminente de la trêve aéronautique menace l’accord de Turnberry
Bernd Lange, président de la commission du commerce international du Parlement européen, a mis en garde jeudi contre un risque de déstabilisation de l’accord commercial UE–États-Unis signé à l’été 2025, si le différend de longue date entre Airbus et Boeing venait à se rallumer. La trêve de cinq ans encadrant ce conflit expire le 11 juillet, sans qu’aucune prolongation n’ait été annoncée à ce stade.
L’accord dit de Turnberry, conclu en juillet 2025 en Écosse entre Donald Trump et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, doit être ratifié par le Parlement européen lors d’un vote prévu mardi prochain. Son adoption intervient dans un contexte de fragilité persistante des relations commerciales transatlantiques.
Un différend vieux de plus de vingt ans
Le conflit entre les deux constructeurs aéronautiques remonte à plus de deux décennies. Les États-Unis ont initialement saisi l’Organisation mondiale du commerce (OMC), accusant l’Union européenne de subventionner illégalement Airbus. Bruxelles a répondu par une plainte symétrique, dénonçant le soutien public accordé à Boeing.
Le différend a dégénéré en guerre tarifaire, les deux parties imposant des droits punitifs sur un total de 11,5 milliards de dollars d’échanges commerciaux, affectant des produits aussi divers que le vin, les spiritueux, le fromage ou le tabac.
Une première trêve avait été négociée en 2021 sous l’administration Biden, suspendant pour cinq ans les mesures de représailles mutuelles. Cette suspension arrive à échéance le 11 juillet, sans que l’administration Trump et la Commission européenne ne soient parvenues à un accord de reconduction.
Des négociations en cours, sans garantie
« Des discussions sont en cours avec les États-Unis afin de garantir la stabilité et la prévisibilité et de poursuivre la suspension des contre-mesures des deux côtés », a déclaré à Euronews Olof Gill, porte-parole adjoint en chef de la Commission européenne.
Dans son document Trade Policy Agenda 2026, l’administration Trump indique que le représentant américain au Commerce décidera en juillet s’il convient d’activer des mesures dans le cadre d’une enquête au titre de la section 301 du Trade Act de 1974, relative aux différends OMC sur les gros avions civils.
Cette disposition permet à Washington d’imposer des droits de douane unilatéraux sur ses partenaires commerciaux. La semaine dernière, les États-Unis ont déjà brandi la menace de droits de 10 % sur des produits européens, invoquant la question du travail forcé dans le cadre d’une autre enquête au titre de la section 301. Si ces droits entraient en vigueur, ils s’ajouteraient aux tarifs existants et feraient dépasser aux droits américains moyens sur les produits de l’UE le plafond de 15 % inscrit dans l’accord de Turnberry.
Un accord sous pression structurelle
L’accord de Turnberry prévoit, côté européen, la suppression des droits de douane sur les produits américains. Les eurodéputés ont néanmoins obtenu l’insertion de mécanismes de sauvegarde destinés à protéger le texte contre de futures hausses tarifaires américaines et à garantir le respect du plafond convenu.
Ces garde-fous témoignent d’une méfiance structurelle au sein du Parlement européen. Trump a en effet utilisé à plusieurs reprises les droits de douane comme levier de pression dans des dossiers extérieurs au commerce stricto sensu : tentative d’acquisition du Groenland en début d’année, ou menace de droits de 25 % sur les voitures européennes après les critiques du chancelier allemand Friedrich Merz sur la guerre avec l’Iran.
Lange, chef de file des négociateurs du Parlement sur l’accord, a résumé l’incertitude ambiante devant ses collègues socialistes : « Cela va-t-il conduire à une nouvelle escalade ? Personne ne le sait. J’espère que tout cela ne va pas voler en éclats. »
Une reprise du conflit aéronautique fournirait à Washington un prétexte supplémentaire pour remettre en cause un accord dont la solidité n’a jamais été pleinement assurée.

