Désinformation sur Facebook : des comptes suspendus continuent de percevoir des revenus publicitaires, selon une étude
Des acteurs de la désinformation parviennent à maintenir leurs revenus publicitaires sur Facebook malgré des violations répétées des règles de Meta, selon une étude publiée par l’ONG What to Fix et l’organisation bosnienne de vérification des faits Raskrinkavanje. L’analyse porte sur plus de 290 pages Facebook en Bosnie, chacune signalée plus de dix fois par des partenaires officiels de vérification de Meta.
Des comptes monétisés malgré des signalements répétés
Sur l’ensemble des comptes examinés, 51 pages ayant fait l’objet d’au moins dix signalements pour désinformation avaient été inscrites à au moins un programme de monétisation de Facebook. Un tiers d’entre elles avaient accès à plusieurs canaux de revenus avant 2024, année où Meta a fusionné ces dispositifs en un programme unique sur invitation.
Neuf autres comptes ont par ailleurs reçu une invitation directe de Meta pour rejoindre ce programme de rémunération indexé sur les performances des contenus publiés.
« Nos conclusions soulèvent d’importantes questions sur la capacité de Meta à tenir son engagement de démonétiser les récidivistes de la désinformation », conclut l’étude.
Des suspensions de courte durée et largement contournées
Si certains comptes ont effectivement été démonétisés ou suspendus, l’étude révèle que 84 % d’entre eux ont retrouvé l’accès à la monétisation après sanction. Plus de la moitié des comptes restreints étaient de nouveau actifs en moins d’un mois ; dans certains cas, la suspension n’a duré que deux jours.
« Cela suggère que Meta a pu permettre à des acteurs restreints de continuer à monétiser des contenus sur Facebook, alors même qu’elle les avait correctement identifiés comme violant de manière répétée ses règles », souligne le rapport.
Une politique interne aux contours flous
La politique officielle de Meta interdit la monétisation de tout contenu qualifié de « faux » par ses partenaires de vérification, une catégorie qui inclut les fausses citations, les théories du complot, les contenus fabriqués ou les images détournées de leur contexte. Elle prohibe également les contenus de type piège à clics.
Toutefois, Meta ne précise pas les seuils à partir desquels des restrictions pour récidive sont appliquées, ce qui rend difficile toute évaluation externe de la cohérence de son application.
Limites méthodologiques et enjeux réglementaires
Les auteurs de l’étude reconnaissent ses limites : Meta ne publie pas de données sur la monétisation des comptes, contraignant les chercheurs à s’appuyer sur des déclarations publiques et des archives internes de vérifications. Il est également possible que Meta ait agi, en coordination avec d’autres vérificateurs, sur des marchés non couverts par l’étude.
What to Fix appelle néanmoins l’Union européenne à examiner si Meta respecte ses obligations au titre du Digital Services Act (DSA) et du Code de bonnes pratiques sur la désinformation, qui prévoit un engagement explicite à « démonétiser la désinformation ».
Meta n’a pas répondu à la demande de commentaire d’Euronews Next au moment de la publication.

