Quelle est la proposition iranienne sur la table ?
Téhéran a transmis à Washington un plan prévoyant la réouverture du détroit d’Ormuz dans un délai de sept jours suivant l’acceptation américaine. Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, l’a confirmé depuis New York en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies : «Le délai de sept jours commencera dès que les États-Unis accepteront ce plan.» Le président iranien Massoud Pezeshkian, qui s’est entretenu avec le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres avant de quitter New York, a tenu à préciser que l’Iran n’avait pas quitté la table des négociations — tout en soulignant, selon la présidence iranienne, que son pays ne fait «plus confiance aux États-Unis» au vu des expériences passées.
Cette proposition intervient après près de sept mois d’un conflit déclenché fin février, lorsque les États-Unis et Israël ont conduit des frappes sur le territoire iranien. Depuis lors, la République islamique revendique le contrôle du détroit d’Ormuz, voie maritime par laquelle transitait auparavant un cinquième des hydrocarbures mondiaux, tandis que Washington impose un blocus aux ports iraniens en réponse.
Quelle est la réaction américaine ?
Le Wall Street Journal, citant des responsables américains, affirme que Donald Trump a rejeté cette offre, estimant que Téhéran ne répondrait pas aux exigences de Washington. La réponse officielle de l’administration américaine n’avait pas encore été formulée publiquement au moment de la rédaction de cet article. Trump a néanmoins publié sur son réseau Truth Social une carte représentant le détroit d’Ormuz avec la mention «Détroit Trump» — un geste symbolique qui illustre la défiance persistante entre les deux capitales.
Selon le Wall Street Journal, le président américain envisagerait une reprise des frappes sur le sol iranien après les élections législatives de mi-mandat en novembre. Les États-Unis n’ont pas bombardé le territoire iranien depuis le 1er septembre, date à laquelle une série d’attaques avait fait cinq morts et des dizaines de blessés lors d’un mariage dans le sud-est du pays, même si des navires ont depuis été ciblés dans le détroit d’Ormuz.
Quel cadre diplomatique existait avant cet épisode ?
Un protocole d’accord avait été signé en juin entre Téhéran et Washington, avec pour objectif de mettre fin durablement au conflit, de rouvrir le détroit d’Ormuz, puis d’engager des pourparlers sur le dossier sensible du programme nucléaire iranien.
Abbas Araghchi a souligné vendredi que les mesures demandées aux États-Unis «figurent déjà toutes dans le protocole d’accord» signé en juin. Mardi, il s’était entretenu avec l’émissaire américain Steve Witkoff, dans un contexte où Trump doit faire face à l’impopularité croissante de la guerre au Moyen-Orient, qui a fait flamber les prix des carburants à l’approche des élections.
Pourquoi le Yémen complique-t-il davantage l’équation ?
Le conflit dépasse désormais le seul cadre irano-américain. Le porte-parole des Gardiens de la Révolution, Hossein Mohebi, a insisté dans un entretien exclusif à l’AFP sur la nécessité d’inclure une cessation des combats au Yémen dans tout accord global. Ce pays constitue un nouveau front régional depuis la reprise, en juillet, du conflit entre les Houthis pro-iraniens, le gouvernement yéménite et son parrain saoudien — une accalmie de plusieurs années ayant précédé cette résurgence.
En septembre, le mouvement houthi a lancé une offensive meurtrière qui lui a permis de consolider son contrôle sur le détroit de Bab el-Mandeb, passage stratégique reliant l’Europe à l’Asie via le canal de Suez. La convergence de deux détroits sous pression — Ormuz et Bab el-Mandeb — représente un risque systémique pour les flux d’hydrocarbures mondiaux et, par ricochet, pour les économies importatrices d’énergie, dont la Suisse reste tributaire via ses marchés de matières premières concentrés sur la place genevoise.
Où en sont les négociations aujourd’hui ?
L’Iran considère que «le choix appartient désormais» à Washington. Cette formulation diplomatique traduit une posture de repli calculé : Téhéran maintient une ouverture formelle tout en transférant la responsabilité de l’impasse à son interlocuteur américain. Le rejet présumé par Trump de la proposition iranienne, s’il se confirme officiellement, signalerait que les deux parties restent éloignées d’un compromis opérationnel sur les conditions de réouverture du détroit, malgré l’existence d’un cadre textuel de juin.
L’enjeu dépasse la seule géopolitique régionale. Tant qu’Ormuz demeure verrouillé, les marchés pétroliers mondiaux absorbent une prime de risque structurelle, et les économies fortement intégrées aux échanges internationaux — dont la Suisse, dont le Finanzplatz négocie quotidiennement des volumes considérables de dérivés sur matières premières — subissent des effets de second tour non négligeables. La prochaine échéance politique américaine de novembre constitue désormais le véritable horizon temporel de cette crise.

