Il faisait encore chaud dans les couloirs du Palais fédéral lorsque les parlementaires ont convoqué Albert Rösti, mercredi, pour un débat urgent consacré à l’été caniculaire qui vient de s’achever. Rivières à l’étiage, forêts jaunies avant l’heure, désalpes précipitées, bétail nourri au foin d’hiver dès le mois d’août : l’été 2026 a laissé des traces profondes dans le paysage helvétique, et les élus, toutes sensibilités confondues, entendaient bien en tirer les conséquences politiques devant le chef du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication.
C’est Jürg Grossen, du Parti vert’libéral bernois, qui a posé le ton d’emblée en qualifiant l’été écoulé de « signal d’alerte ». La socialiste zurichoise Franziska Ryser a précisé le propos en rappelant que la chaleur n’avait pas seulement constitué une gêne, mais un risque sanitaire documenté, avec une surmortalité mesurable chez les personnes âgées. De son côté, Mattea Meyer, également du Parti socialiste, a mis en cause la nonchalance qu’elle attribue au chef du DETEC face à la crise climatique, estimant que « les humains et la nature en paient aujourd’hui le prix ». Sa collègue vert’libérale Corina Gredig a abondé dans ce sens, insistant sur la nécessité de ne pas reporter la facture climatique sur les générations futures.
Les lignes de fracture entre groupes parlementaires sont apparues avec netteté au fil des interventions. La gauche et les Verts ont réclamé un changement de cap structurel dans la politique climatique fédérale, tandis que le Parti vert’libéral et le Centre ont ciblé des mesures plus précises : renforcement du stockage de l’eau issue de la fonte glaciaire, amélioration de la résilience des sols et des forêts face aux épisodes de sécheresse répétés. Le PLR a, pour sa part, orienté ses demandes vers l’offre énergétique — augmentation de la production électrique, y compris d’origine nucléaire, accélération de la rénovation du parc immobilier et introduction d’horaires de travail flexibles pour les journées de forte chaleur. Seule l’UDC a salué l’action du Bundesrat, même si Ernst Wandfluh, élu bernois, n’a pas manqué d’exprimer ses inquiétudes quant à l’approvisionnement en eau dans les alpages.
Face à cette convergence de critiques, Albert Rösti a adopté une posture défensive mais mesurée. Il a reconnu les défis que cet été a révélés, assurant que le gouvernement les « prend au sérieux », tout en soulignant que le Bundesrat n’avait pas attendu le mois de juillet pour engager des réformes. La plateforme sécheresse mise en place l’année précédente a, selon lui, démontré son utilité en permettant des alertes précoces : à l’exception de quelques incidents mineurs, la Suisse n’a pas connu de grands feux de forêt cet été, ce que le conseiller fédéral attribue en partie aux interdictions de faire du feu édictées par l’ensemble des cantons dès la fin août — un exemple concret de la manière dont la Kantonssouvränität peut, dans certaines circonstances, constituer un levier d’action rapide et coordonné.
Sur le front de la stratégie à moyen terme, Rösti a annoncé que le Bundesrat publiera dès cet automne la version remaniée de sa stratégie « Adaptation aux changements climatiques en Suisse », accompagnée d’un plan d’action couvrant la période 2026-2031 et comprenant cinquante-neuf mesures ciblant notamment l’accentuation des vagues de chaleur. Concernant la gestion de l’eau, le ministre a tenu à rassurer sur la capacité hydrologique globale du pays — « le château d’eau suisse reste le château d’eau suisse », a-t-il déclaré — tout en reconnaissant que des pénuries saisonnières ou locales constitueront désormais une réalité structurelle. Une stratégie nationale sur la gestion de l’eau, élaborée en concertation avec les cantons et les communes, devrait voir ses grandes lignes soumises à examen au printemps 2027.
Pour l’agriculture et la sylviculture, le Bundesrat a déjà débloqué respectivement 54 millions et 17,5 millions de francs de moyens supplémentaires au cours de l’été, et d’autres dispositions sont inscrites dans la politique agricole 2030+, actuellement en consultation. La décarbonation à l’horizon 2040 reste, selon Rösti, la priorité numéro un du DETEC ; une révision de la loi sur le CO2 sera mise en consultation en 2027, et le nucléaire y figure explicitement comme option pour atteindre cet objectif. Sur la protection des travailleurs exposés aux fortes chaleurs, le gouvernement a renvoyé la responsabilité aux partenaires sociaux, rappelant que des aménagements horaires restent d’ores et déjà possibles par accord entre employeurs et salariés. Quant aux établissements médico-sociaux, aux hôpitaux et aux écoles, le conseiller fédéral a expressément désigné les cantons et les communes comme premiers responsables des mesures à prendre.
Au-delà des annonces techniques, ce débat aura révélé une tension plus profonde : celle entre l’urgence perçue par une majorité de parlementaires et le tempo institutionnel d’un gouvernement qui préfère inscrire ses réponses dans des stratégies pluriannuelles plutôt que dans des mesures d’urgence spectaculaires. Les résultats concrets de ces travaux — stratégie eau, révision CO2, plan d’action climatique — sont attendus pour 2027. D’ici là, les prochains étés se chargeront peut-être de rappeler à Berne que le calendrier de la nature n’attend pas celui du Parlement.

