Intesa Sanpaolo lance une OPA de 30,6 milliards d’euros sur Monte dei Paschi : une fusion qui recomposerait le paysage bancaire européen

Intesa Sanpaolo cible Monte dei Paschi di Siena dans une opération à 30,6 milliards d’euros

Intesa Sanpaolo, première banque italienne par capitalisation, a lancé lundi une offre publique d’achat et d’échange (OPAS) portant sur la totalité du capital de Monte dei Paschi di Siena (MPS), valorisant l’opération à 30,6 milliards d’euros. En cas de succès, le groupe deviendrait le deuxième établissement bancaire européen par capitalisation boursière, devant plusieurs acteurs continentaux majeurs.

L’opération est menée de concert avec le groupe d’assurance Unipol, dont la participation entraîne des implications directes pour sa filiale Bper Banca. L’État italien, via le ministère de l’Économie, détient encore une participation résiduelle dans MPS, ce qui confère à la transaction une dimension politique non négligeable.

Architecture de l’opération : Intesa, Unipol et Bper

Le schéma structurel prévoit qu’Intesa Sanpaolo absorbe l’entité juridique consolidée formée par MPS, Mediobanca — dont MPS avait finalisé l’acquisition en décembre — et leurs activités respectives. Pour financer cette reprise, une assemblée générale extraordinaire sera convoquée le 10 septembre afin de voter une augmentation de capital de 5,7 milliards d’euros par émission d’actions ordinaires.

En parallèle, Unipol reprendra un périmètre défini d’actifs MPS, comprenant :

Unipol proposera ensuite à Bper, dont il est l’actionnaire de référence, une fusion avec ce périmètre MPS. La nouvelle entité serait rebaptisée Banca Monte dei Paschi. Pour soutenir cette séquence, Unipol soumettra à une assemblée générale extraordinaire — à une date encore indéterminée — une délégation au conseil d’administration pour une augmentation de capital pouvant atteindre 2,5 milliards d’euros.

Banco BPM et Crédit Agricole mis hors jeu par la « passivity rule »

L’offensive d’Intesa Sanpaolo intervient au lendemain d’une proposition de fusion entre égaux formulée dimanche par Banco BPM à l’attention de MPS. Derrière cette initiative se profile également Crédit Agricole, actionnaire à hauteur de 20,1 % de Banco BPM, dont l’objectif déclaré est de constituer un troisième pôle bancaire capable de briser le duopole de fait qu’exercent Intesa Sanpaolo et UniCredit sur le marché italien.

Cependant, le lancement de l’OPAS d’Intesa active mécaniquement la « passivity rule », qui interdit à MPS d’engager toute opération ou d’accepter toute offre alternative pendant la durée de l’offre. Cette contrainte réglementaire neutralise de facto la stratégie de Banco BPM jusqu’à la finalisation prévue de l’opération, fixée à décembre 2026.

Carlo Cimbri, président d’Unipol, a illustré la position de Banco BPM avec une formule lapidaire lors de la conférence de presse tenue à Milan : « Les chances de succès d’un amoureux qui pense séduire l’élue de son cœur en se contentant de lui envoyer une lettre sont faibles. »

Enjeux pour le secteur bancaire européen

Si l’ensemble des étapes réglementaires et actionnariales est franchi, la fusion devrait s’achever en décembre 2026. Le nouveau groupe issu de cette recomposition ambitionne de se positionner comme un leader bancaire européen, avec une assise renforcée dans le financement de l’économie réelle.

L’opération s’inscrit dans un cycle de consolidation bancaire accéléré en Europe, où la recherche d’échelle, la pression sur les marges et les exigences prudentielles poussent les établissements à se regrouper. Pour l’Italie, elle redistribue profondément les rapports de force dans un secteur qui reste stratégiquement sensible, notamment au regard des participations étatiques résiduelles et des interconnexions avec le secteur assurantiel.