Sanctions occidentales contre les colonies israéliennes en Cisjordanie : douze pays passent à l’acte

Une déclaration commune, douze signatures, et une formulation qui ne laisse guère de place à l’ambiguïté diplomatique.

Le mardi 20 mai 2025, la France, le Royaume-Uni, le Canada, le Danemark, la Finlande, l’Islande, l’Irlande, la Norvège, la Pologne, le Portugal, l’Espagne et la Suède ont annoncé conjointement l’introduction de restrictions commerciales ciblant les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée. Le texte commun de leurs ministres des Affaires étrangères décrit une situation « en rapide dégradation », caractérisée par des « niveaux sans précédent de violences de colons et d’expansion des colonies » — une formulation mesurée dans sa forme, mais dont le poids politique reste considérable.

Le déclencheur immédiat de cette coordination tient à une décision israélienne prise le mois précédent : le gouvernement de Benyamin Netanyahou a lancé des appels d’offres pour la construction d’environ 1 200 logements dans la zone dite E1, un secteur stratégique dont l’urbanisation contribuerait à isoler davantage Jérusalem-Est du reste du territoire palestinien. Les douze ministres ont qualifié cette initiative d’« inacceptable », rejoignant ainsi un chorus de condamnations émanant d’organisations de défense des droits humains et de plusieurs gouvernements occidentaux.

À Londres, le ministre des Affaires étrangères Ed Miliband a choisi un registre plus direct, prenant la parole devant la Chambre des communes pour accuser des « colons terroristes » de pratiquer un « nettoyage ethnique » dans certaines zones de Cisjordanie, reprochant au gouvernement israélien d’avoir « souvent fermé les yeux » sur ces agissements. Il a annoncé en parallèle une interdiction d’importation frappant les marchandises issues des colonies situées dans les territoires occupés, invoquant la cohérence entre la politique commerciale britannique et les valeurs qu’elle est censée incarner. À Paris, le ministre Jean-Noël Barrot a opté pour une tonalité plus analytique, décrivant sur le réseau X une Cisjordanie « au bord de l’explosion », et citant pêle-mêle l’expansion des colonies, la flambée de violences et des « actes de terreur condamnés par les autorités israéliennes elles-mêmes ».

La réponse d’Israël n’a pas tardé. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, a ordonné la fermeture du consulat britannique à Jérusalem, qualifiant les déclarations de Miliband de « mensonges scandaleux ». Ce geste, symboliquement chargé, illustre la tension croissante entre Jérusalem et plusieurs de ses partenaires occidentaux traditionnels — une tension qui, jusqu’à présent, s’exprimait davantage en coulisses que dans des actes diplomatiques formels.

Pour la Suisse, observatrice attentive des équilibres géopolitiques qui conditionnent la stabilité de ses marchés et de ses réseaux diplomatiques, cette évolution mérite une lecture précise. La coordination de douze États, incluant des membres du G7 comme la France, le Royaume-Uni et le Canada, signale un durcissement progressif de la position occidentale sur le dossier israélo-palestinien — durcissement qui pourrait, à terme, redessiner les contours du droit commercial international applicable aux territoires occupés et infléchir les pratiques d’entreprises actives dans la région. La question de savoir si cette pression collective produira des effets concrets sur la politique de colonisation israélienne reste, pour l’heure, entièrement ouverte.

Ce qui est certain, c’est que douze gouvernements ont choisi de franchir un seuil. Et que ce franchissement, pour symbolique qu’il puisse paraître, constitue un précédent dont la portée se mesurera dans la durée.