Sanctions contre la Russie : la Chine demeure un obstacle majeur selon l’émissaire de l’UE

La Chine, talon d’Achille du régime de sanctions européen contre Moscou

Alors que l’Union européenne finalise son 21e train de sanctions contre la Russie, David O’Sullivan, envoyé spécial de l’UE chargé des sanctions, a qualifié Pékin de « très gros problème » dans des déclarations exclusives accordées à Euronews. Selon lui, rien n’indique que la contribution chinoise au contournement des mesures restrictives européennes soit en voie d’atténuation.

« Nous abordons régulièrement cette question au plus haut niveau avec les autorités chinoises, mais leur réponse est connue : elles estiment ne rien faire de mal », a déclaré O’Sullivan. « Nous devons donc continuer à prendre des mesures unilatérales contre les entreprises et les institutions financières chinoises. »

Le « backfilling » chinois, une pratique systématique

L’envoyé spécial a mis en lumière la maîtrise chinoise du « backfilling » — un mécanisme par lequel des producteurs locaux substituent des biens autrefois fournis par des partenaires internationaux soumis à sanctions. Ce phénomène concerne notamment des composants électroniques intégrés dans les drones, missiles et systèmes d’artillerie déployés par la Russie en Ukraine.

Le 20e paquet de sanctions avait déjà ciblé jusqu’à 56 entreprises, dont de nombreuses entités chinoises, impliquées dans la chaîne d’approvisionnement militaire russe. En représailles, Pékin a interdit à sept entreprises européennes de défense de s’approvisionner en produits fabriqués en Chine.

« Les Chinois jouent les durs », a résumé O’Sullivan. « Si nous prenons des mesures, ils prendront des mesures équivalentes. Mais il est néanmoins crucial d’envoyer un message fort : nous restons vigilants face aux tentatives de contournement. »

L’incident du drone russe accélère le calendrier

Le contexte géopolitique a également pesé sur l’élaboration du 21e paquet. Un drone russe s’est écrasé vendredi sur un immeuble résidentiel proche de la frontière roumaine avec l’Ukraine, blessant deux personnes. Selon des diplomates à Bruxelles, cet incident a accéléré la mise en place du nouveau train de sanctions, soulignant l’urgence de maintenir une pression économique sur le Kremlin.

Pétrole russe : l’interdiction maritime suspendue, le plafond sous pression

La question du pétrole russe constitue un autre point de friction majeur. L’UE avait approuvé dans son précédent paquet une interdiction totale des services maritimes pour les pétroliers russes, mais cette mesure a été suspendue dans l’attente d’un accord au niveau du G7, dont le sommet est prévu à Évian, en France, à la fin du mois.

La Grèce et Malte, États membres disposant de puissants secteurs du transport maritime et du pavillon, s’opposent fermement à cette initiative. La fermeture du détroit d’Ormuz et la flambée des prix mondiaux du brut ont par ailleurs refroidi l’enthousiasme des alliés du G7.

O’Sullivan s’est montré pessimiste quant à une avancée à Évian : « À ce stade, personne n’est disposé à prendre des mesures supplémentaires qui pourraient aggraver la situation. Nous vivons dans un monde nouveau. »

Le plafonnement des prix du pétrole russe, instauré fin 2022 par le G7 et fixé à 60 dollars le baril, est lui aussi sous pression. La législation européenne impose un ajustement périodique du plafond pour le maintenir à 15 % en dessous du prix moyen du marché — ce qui, dans le contexte actuel, impliquerait une révision à la hausse. O’Sullivan a indiqué que l’objectif était de maintenir ce seuil « à peu près au niveau actuel » afin d’éviter qu’il ne devienne « indûment favorable à la Russie ».

De son côté, la Maison-Blanche a accordé à trois reprises des dérogations aux sanctions sur le pétrole russe, invoquant la stabilité des marchés mondiaux. Le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent a justifié cette décision en mai, mais elle a suscité des critiques parmi les alliés de Kyiv. O’Sullivan a déclaré qu’il aurait préféré que ces dérogations « n’aient pas été accordées », tout en estimant que la Russie reste confrontée à des difficultés structurelles pour exporter son pétrole à des prix attractifs.

Le patriarche Cyrille, une inscription sur liste noire enfin possible ?

Le 21e paquet pourrait également inclure une mesure symboliquement forte : la mise sur liste noire du patriarche Cyrille de Moscou, chef de l’Église orthodoxe russe. Cette inscription nécessite l’unanimité des 27 États membres de l’UE.

L’UE avait tenté une première fois de sanctionner Cyrille en 2022 pour son soutien à l’invasion de l’Ukraine et la diffusion alléguée de propagande révisionniste. L’initiative avait alors été bloquée par l’ancien Premier ministre hongrois Viktor Orbán, au nom de la liberté de religion.

Le nouveau gouvernement hongrois, dirigé par Péter Magyar, s’est montré disposé à lever ce veto, selon des informations révélées par Euronews le mois dernier. O’Sullivan a reconnu qu’un « changement de politique clair » était en cours à Budapest, sans confirmer si Cyrille figurerait dans le paquet final.

« Par le passé, la Hongrie a opposé son veto à un certain nombre de propositions visant à sanctionner des entités ou des individus. Nous allons voir dans quelle mesure cela a changé », a-t-il déclaré.