L’UE maintient le cap sur la transition énergétique en pleine flambée des prix
Alors que la guerre américano-iranienne et la fermeture du détroit d’Ormuz ont provoqué une envolée des prix de l’énergie, le commissaire européen au Climat Wopke Hoekstra a réaffirmé mardi à Santa Marta, en Colombie, que le monde devait cesser tout nouveau forage de combustibles fossiles. Sa déclaration intervient en marge de la première conférence internationale sur la transition vers l’abandon des énergies fossiles, réunissant 60 pays.
« Nous devons réduire notre dépendance à l’égard des combustibles fossiles pour assurer notre sécurité énergétique. Nous ne pouvons pas être à la merci de régimes qui bloquent nos ressources », a déclaré Hoekstra, plaidant pour une énergie « propre, abordable, fiable et produite localement ».
Une conférence sous tension géopolitique
La réunion de Santa Marta, planifiée bien avant le conflit au Moyen-Orient, se tient dans un contexte de forte pression sur les marchés énergétiques mondiaux. Plusieurs États membres de l’UE envisagent de puiser dans leurs réserves fossiles : la Grèce a délivré sa première licence de prospection pétrolière et gazière en mer depuis plus de quarante ans, tandis que l’Italie envisage de relancer des explorations suspendues depuis 2019.
Rome et Berlin ont par ailleurs évoqué un retour temporaire au charbon pour faire face à la flambée des prix de l’électricité, illustrant la tension entre impératifs climatiques et sécurité d’approvisionnement à court terme.
Face à ces pressions, Hoekstra a maintenu une position ferme : « Tant que nous dépendons des combustibles fossiles, nous sommes vulnérables à la volatilité et aux pressions extérieures. La solution ? Redoubler d’efforts en faveur d’une énergie propre, électrifiée et indépendante. »
Des objectifs chiffrés pour 2030
Le commissaire européen a formulé plusieurs engagements concrets à l’horizon 2030 :
Ces objectifs s’inscrivent dans la continuité des engagements pris lors de la COP30 au Brésil en novembre dernier, dont Hoekstra a salué l’initiative de transition fossile présentée par Brasília. Il a toutefois critiqué le rythme des négociations onusiennes : « Le processus de la COP ne donne malheureusement pas toujours les résultats escomptés. Nous devons l’améliorer. »
Un élan vers la COP31 en Turquie
Parmi les nations européennes représentées à Santa Marta figurent le Danemark, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne et le Royaume-Uni. La représentante spéciale britannique pour le Climat, Rachel Kyte, a estimé que la fermeture du détroit d’Ormuz avait paradoxalement accéléré l’intérêt mondial pour les énergies propres.
La ministre espagnole de l’Énergie et de l’Environnement, Sara Aagesen, a qualifié la conférence de « succès » susceptible de générer alliances et consensus en vue de la COP31 prévue en Turquie. « La dépendance à l’égard des combustibles fossiles nous rend incroyablement vulnérables. Nous avons notre propre histoire à succès, qui nous a permis d’être moins exposés aux flambées des prix », a-t-elle déclaré.
Une coalition volontaire face aux blocages multilatéraux
Plusieurs grands producteurs de pétrole — dont le Canada, la Norvège, le Brésil et le Nigeria — participent à Santa Marta. En revanche, les États-Unis, la Russie et la Chine en ont été exclus. La ministre colombienne de l’Environnement, Irene Vélez Torres, a justifié ces exclusions par des positions « ouvertement extractivistes » pour les deux premiers, et par la difficulté structurelle qu’aurait posée la présence du premier émetteur mondial pour Pékin.
Vélez Torres a décrit les participants comme une « coalition de volontaires » visant à contourner les blocages récurrents des grands producteurs fossiles dans les négociations climatiques onusiennes. « Nous ouvrons un nouveau chapitre de la discussion politique mondiale. Ce qui importe ici, c’est la déclaration de ce que nous sommes prêts à faire pour mettre fin à la dépendance aux combustibles fossiles », a-t-elle conclu.
Des chercheurs en climatologie ont également présenté des ateliers sur les impacts sanitaires et économiques d’une sortie des énergies fossiles. Aucune initiative formelle majeure n’est attendue à l’issue de la conférence, dont l’objectif demeure d’identifier des actions collectives difficilement réalisables à l’échelle nationale.
