Zone euro : l’activité économique au plus bas depuis trente et un mois sous l’effet du conflit en Iran

La guerre en Iran plonge la zone euro dans sa contraction la plus sévère depuis deux ans et demi

L’activité économique de la zone euro s’est contractée en mai à son rythme le plus rapide depuis octobre 2022, selon l’enquête flash sur l’indice des directeurs d’achat (PMI) publiée par S&P Global Market Intelligence. L’indice composite de production est tombé à 47,5, contre 48,8 en avril, marquant un troisième signal consécutif de dégradation et s’établissant largement sous le seuil de 50,0 qui délimite expansion et contraction. La France enregistre quant à elle sa pire performance depuis les confinements de novembre 2020.

Un recul généralisé tiré par les services

Le secteur des services, qui représente la part prépondérante de la production dans la zone euro, a subi le choc le plus prononcé. Le PMI flash des services a reculé à 46,4 en mai, contre 47,6 en avril, son niveau le plus faible depuis février 2021 — bien en deçà du consensus des économistes, qui tablait sur 47,7.

Selon Chris Williamson, chef économiste entreprises chez S&P Global Market Intelligence, « le secteur des services est particulièrement pénalisé par l’envolée du coût de la vie provoquée par la guerre », notamment via la hausse des prix de l’énergie, qui érode le pouvoir d’achat des ménages.

L’industrie manufacturière résiste mieux, avec un PMI à 51,4, mais les nouvelles commandes ont reculé pour la première fois depuis plusieurs mois, signalant un essoufflement de la dynamique productive.

La France : des chiffres qualifiés de « désastreux »

C’est en France que la dégradation est la plus marquée. L’indice PMI composite a chuté à 43,5 en mai, contre 47,6 en avril, très loin des 47,7 anticipés par le consensus. Joe Hayes, économiste principal chez S&P Global Market Intelligence, qualifie ces données de « désastreuses ».

L’indice d’activité des services est tombé à 42,9, contre 46,5 le mois précédent — son plus bas niveau depuis 66 mois. La production manufacturière, qui avait offert un bref répit en avril, s’est retournée nettement, perdant plus de six points pour repasser en territoire de contraction.

Les entreprises interrogées par S&P Global désignent unanimement le coût du conflit comme principal facteur de ce retournement. Hayes souligne que « l’effondrement des nouvelles commandes du secteur privé en mai montre clairement que ce choc a sensiblement accru le risque de récession pour la deuxième économie de la zone euro ».

Le pessimisme des chefs d’entreprise français pour les douze prochains mois atteint son niveau le plus élevé depuis avril 2020, au début de la pandémie de Covid-19.

L’Allemagne en territoire de contraction malgré une légère amélioration

L’Allemagne, principal moteur industriel du bloc, n’est pas épargnée. Son indice PMI composite a légèrement progressé à 48,6, contre 48,4 en avril, mais demeure fermement en zone de contraction. Le PMI manufacturier a reculé à un plus bas de quatre mois, à 49,9, les nouvelles commandes industrielles diminuant pour la première fois depuis décembre 2024.

Les suppressions d’emplois s’accélèrent : le recul de l’emploi en Allemagne est le plus rapide depuis plus d’un an et demi, concentré dans le secteur industriel. L’inflation des coûts des intrants a atteint un plus haut de trois ans et demi.

Phil Smith, directeur associé pour l’économie chez S&P Global Market Intelligence, relie directement cette dynamique au conflit : « Les perturbations liées à la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz continuent de se répercuter sur les prix, l’inflation des coûts des intrants s’accélérant encore sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie et des pénuries d’approvisionnement. »

Un dilemme croissant pour la Banque centrale européenne

Les données PMI de mai ne se limitent pas à un signal de ralentissement conjoncturel : elles posent un problème structurel à la Banque centrale européenne (BCE). L’inflation des coûts des intrants s’est accélérée pour le septième mois consécutif dans l’ensemble de la zone euro, atteignant un plus haut de trois ans et demi. Les prix facturés aux clients progressent à leur rythme le plus rapide depuis 38 mois.

En France, l’inflation des prix de production a atteint un pic de trois ans. En Allemagne, l’indice des prix des intrants manufacturiers se rapproche des niveaux observés lors de la crise énergétique de 2022.

Les marchés monétaires intègrent désormais une probabilité supérieure à 80 % d’une hausse de 25 points de base lors de la prochaine réunion de la BCE, avec deux relèvements supplémentaires anticipés d’ici la fin de l’année — et ce, alors même que les indicateurs de croissance se dégradent fortement. Williamson décrit la situation comme « un dilemme de plus en plus aigu pour les responsables politiques ».

Le détroit d’Ormuz, vecteur de transmission vers l’économie réelle européenne

Il y a deux mois, la zone euro était encore en phase d’expansion. Aujourd’hui, les indicateurs avancés envoient les signaux de récession les plus préoccupants depuis plusieurs années. La quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, nœud stratégique du commerce pétrolier mondial, se traduit désormais concrètement dans les bilans des entreprises européennes, les carnets de commandes et les intentions d’embauche.

Pour la BCE, le temps de choisir entre maîtrise de l’inflation et soutien à la croissance se réduit à mesure que les deux objectifs s’éloignent simultanément.

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