Sécurité électrique : quatre milliards de francs pour combler des décennies de sous-investissement

Quatre milliards de francs sur vingt ans. C’est le prix que devront acquitter les consommateurs suisses pour garantir la sécurité d’approvisionnement en électricité — une facture directement imputable à des décennies de négligence dans le développement de la production hivernale nationale.

Un coût total chiffré par economiesuisse

Selon des calculs publiés par la NZZ am Sonntag, l’association faîtière economiesuisse a consolidé le coût de l’ensemble des mesures de réserve envisagées. Si l’organisation soutient ces dépenses, c’est au nom d’un arbitrage économique clair : une pénurie d’électricité engendrerait des dommages bien supérieurs au montant des investissements préventifs. La logique est celle d’une assurance coûteuse mais rationnelle, dans un pays dont le tissu industriel et le Finanzplatz dépendent d’un approvisionnement énergétique fiable.

Le poste le plus lourd reste le projet du conseiller fédéral en charge de l’énergie, Albert Rösti, qui prévoit la construction de quatre nouvelles centrales de réserve fonctionnant aux énergies fossiles. Ce seul volet représente 2,3 milliards de francs, soit plus de la moitié de l’enveloppe totale.

Des doutes institutionnels sur l’urgence et les alternatives

L’unanimité est loin d’être acquise au sein des institutions fédérales. La Commission des finances du Conseil national conteste le caractère urgent de la mesure et déplore que des alternatives moins onéreuses n’aient pas fait l’objet d’une analyse approfondie. Cette réserve parlementaire s’inscrit dans un questionnement plus large sur la gouvernance énergétique du Bundesrat : comment la Confédération a-t-elle pu laisser se creuser un déficit de production hivernale aussi significatif sans anticiper les coûts de rattrapage ?

Un rapport du Contrôle fédéral des finances, dont la publication est attendue en septembre, formulerait des critiques similaires, selon le journal. Ce double signal — parlementaire et administratif — suggère que la trajectoire choisie par le Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication fera l’objet d’un examen serré dans les mois à venir.

Une vulnérabilité structurelle, pas un accident conjoncturel

Ce que ce dossier révèle, au fond, c’est moins une défaillance ponctuelle de politique énergétique qu’une vulnérabilité structurelle construite sur la durée. La Suisse a historiquement bénéficié d’importations européennes pour couvrir ses besoins hivernaux, une dépendance que la crise énergétique de 2022 a brutalement mise en lumière. Le recours à des centrales fossiles de réserve constitue une réponse pragmatique — mais elle arrive tard, et à un coût que les ménages et les entreprises devront assumer collectivement. La question n’est plus de savoir si ces milliards seront dépensés, mais de s’assurer qu’ils le seront de la manière la plus efficiente possible.