Liechtenstein : la Maison princière adopte la primogéniture absolue, ouvrant la succession au trône aux femmes

Il aura fallu trois siècles d’histoire et une évolution progressive des mentalités au sein même de l’institution pour que la Maison princière du Liechtenstein franchisse ce pas. Désormais, le premier-né de la famille princière accédera à la succession au trône indépendamment de son sexe, la primogéniture masculine cédant la place à la primogéniture absolue. Une modification substantielle des règles dynastiques, adoptée à la majorité des deux tiers requise de l’ensemble des membres ayant le droit de vote au sein de la Maison princière.

La portée concrète de cette réforme est précise : toutes les descendantes de la famille princière disposeront désormais, au regard de la loi sur la Maison princière (Hausgesetz), des mêmes droits de participation que leurs homologues masculins. L’aînée ou l’aîné de la lignée deviendra héritière ou héritier du trône, puis princesse ou prince de Liechtenstein — une symétrie juridique qui n’existait tout simplement pas jusqu’ici.

Ce revirement est d’autant plus remarquable qu’il contraste avec des positions récentes et explicites de la Maison princière elle-même. En 2019, le prince héritier Alois avait déclaré à la Neue Zürcher Zeitung son opposition à ce qu’une femme puisse régner en tant que princesse du Liechtenstein, invoquant des raisons de stabilité institutionnelle. « La prévisibilité à long terme des lois de la maison princière et de la Constitution est, dans ce contexte, plus importante que la question du genre », avait-il alors affirmé, soulignant la difficulté inhérente à modifier un système ancré depuis des siècles. Cette même année marquait le trois-centième anniversaire de la Principauté.

Le pragmatisme a visiblement prévalu sur la tradition. En l’espace de quelques années, la Maison princière a opéré une réévaluation interne de ses priorités, concluant que l’égalité de traitement entre descendantes et descendants ne compromet pas la stabilité dynastique — bien au contraire, elle la renforce en élargissant le socle successoral. Ce type de raisonnement, fondé sur la pérennité de l’institution plutôt que sur des considérations idéologiques, est précisément celui qui a conduit plusieurs maisons royales européennes à adopter des réformes similaires au cours des dernières décennies.

Dans ce contexte, le Liechtenstein rejoint un mouvement plus large, observable notamment en Suède, aux Pays-Bas, en Norvège ou encore en Belgique, où la primogéniture absolue a progressivement remplacé les règles de succession agnatiques. Pour une principauté de quelque 38 000 habitants, dont l’influence dépasse largement sa taille grâce à la solidité de sa Finanzplatz et à ses liens étroits avec la Suisse — notamment via l’union douanière et monétaire —, la cohérence et la lisibilité des institutions revêtent une importance stratégique réelle.

La modification du Hausgesetz reste une affaire interne à la famille princière, distincte du droit constitutionnel public du Liechtenstein. Elle illustre néanmoins comment des institutions multiséculaires peuvent évoluer par voie délibérative interne, sans recours à une pression législative externe. La stabilité, en définitive, n’est pas l’immobilisme.