Une déclaration présidentielle américaine rare dans sa brutalité a relancé les tensions autour du détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transitait, avant le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, environ un cinquième du pétrole mondial.
Dans un entretien accordé lundi au journaliste de Fox News Trey Yingst, dont les propos ont été relayés sur X, Donald Trump a formulé une menace directe à l’encontre d’Oman : «Si Oman se met en travers de notre chemin, on va leur bombarder la gueule.» Cette déclaration intervient alors que Mascate et Téhéran mènent depuis plusieurs semaines des négociations bilatérales — sans participation de Washington — portant sur les conditions de passage des navires dans le détroit, lequel longe les côtes des deux pays.
Le contexte géopolitique dans lequel s’inscrivent ces échanges est structurellement complexe. Téhéran verrouille le détroit d’Ormuz de manière quasi continue depuis fin février, en réponse à une attaque israélo-américaine qui a déclenché une guerre régionale de grande ampleur ; les États-Unis, de leur côté, imposent un blocus des ports iraniens. Un porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères confirmait lundi que «des échanges de vues ont lieu sur le texte de la déclaration conjointe», qualifiant ces pourparlers de «sérieux». La dynamique diplomatique omanaise, traditionnellement celle d’un médiateur discret entre puissances antagonistes, se heurte ainsi frontalement à la posture d’une Maison-Blanche qui entend conserver la maîtrise du dossier.
Trump a également exigé, lors de la même intervention télévisée, que l’Iran «hisse le drapeau blanc de la capitulation», tout en affirmant ne pas être «pressé» et en écartant l’influence des élections législatives de mi-mandat de novembre sur sa ligne de conduite. Fait notable, le reporter Yingst indique que Trump a reconnu l’existence d’une ligne de communication directe entre Washington et les Gardiens de la Révolution, la force armée d’élite de la République islamique — une admission qui contraste avec la rhétorique de rupture totale.
La question de la souveraineté sur le détroit constitue le nœud du différend. Téhéran a réaffirmé samedi qu’Ormuz «restera iranien», en réaction aux déclarations de Trump selon lesquelles ce passage maritime ferait partie du territoire américain une fois l’Iran «battu». Sur le plan économique, les implications pour les marchés énergétiques mondiaux — et, par extension, pour le Finanzplatz suisse et les entreprises helvétiques exposées aux flux pétroliers du Golfe — restent considérables, même si le volume de transit a déjà été significativement perturbé depuis le début du conflit.
La menace proférée à l’encontre d’Oman, État membre du Conseil de coopération du Golfe et interlocuteur historiquement neutre, illustre une escalade verbale dont les effets concrets sur les négociations en cours restent, pour l’heure, difficiles à mesurer avec précision.

