Succession au Conseil fédéral : qui sont les candidats UDC et qui a déjà renoncé ?

Guy Parmelin quittera le Conseil fédéral fin décembre, ouvrant une course à sa succession dont les contours se précisent rapidement. Les candidats et candidates de l’UDC disposaient jusqu’au 23 octobre à midi pour annoncer leur intérêt. Le parti présentera ses candidats officiels le 20 novembre, avant l’élection par l’Assemblée fédérale prévue le 9 décembre, où l’UDC entend soumettre un ticket à deux noms. Un détail historique mérite d’être souligné d’emblée : l’UDC n’a encore jamais compté de femme parmi ses membres au Bundesrat — Eveline Widmer-Schlumpf, élue en 2007 sans être candidate officielle du parti, avait par la suite dû rejoindre le PBD.

La liste des prétendants est longue, les profils contrastés, et les renoncements déjà nombreux. Un tour d’horizon méthodique s’impose.

Qui s’est officiellement déclaré candidat ?

Céline Amaudruz est la première à avoir franchi le pas. Vice-présidente de l’UDC Suisse et conseillère nationale genevoise depuis 2011, cette élue de 47 ans se dit « prête à assumer cette responsabilité au service du pays ». Sa candidature présente une dimension symbolique évidente pour un parti qui n’a jamais siégé au Bundesrat dans sa composante féminine. Elle n’est toutefois pas sans susciter des réserves internes : certains votes à contre-courant de la ligne du parti — notamment sur les droits des femmes — ont irrité une partie de ses collègues UDC. Sa représentativité romande constitue en revanche un atout dans une élection où l’équilibre régional pèse.

Quels sont les profils en réflexion ?

Natalie Rickli, née en 1976 et originaire de Winterthour, figure parmi les personnalités UDC les plus connues à l’échelle nationale. Ancienne conseillère nationale, elle dirige aujourd’hui la Direction de la santé publique du canton de Zurich. Sa décision se fait attendre : au moment de l’élection, elle sera en pleine campagne pour sa réélection au gouvernement cantonal zurichois, ce qui complique son positionnement.

Nicolas Kolly, 40 ans, conseiller national fribourgeois élu en 2023 et membre du comité directeur du groupe UDC, a exprimé son intérêt. Ses dossiers de prédilection — agriculture et relations avec l’Union européenne — le placent au cœur des enjeux économiques et souverainistes qui structurent l’identité du parti. Il annoncera sa décision prochainement.

Pierre Alain Schnegg, conseiller d’État bernois né en 1962, dirige depuis 2016 la Direction de la santé, des affaires sociales et de l’intégration du canton de Berne. Représentant du Jura bernois, il dispose d’une solide expérience exécutive cantonale, sans s’être encore prononcé sur une éventuelle candidature fédérale.

Franz Ruppen, 55 ans, conseiller d’État valaisan depuis 2021, connaît bien les rouages bernois pour avoir siégé au Conseil national de 2015 à 2021. Le Haut-Valaisan réfléchit à une candidature. Thomas Aeschi, chef du groupe parlementaire UDC né en 1979, est quant à lui considéré comme un tenant de la ligne dure — ce positionnement, s’il lui assure la fidélité de la base, risque de lui aliéner les suffrages nécessaires hors du groupe UDC lors d’une élection à l’Assemblée fédérale. Il avait déjà été candidat en 2015 face à Parmelin.

Thomas Matter, conseiller national zurichois né en 1966, est perçu comme un poids lourd du parti. Entrepreneur, il siège au National depuis 2014 et son nom avait déjà circulé lors de la succession d’Ueli Maurer, avant qu’il ne renonce. La question de savoir s’il changera d’avis reste ouverte. Franz Grüter, conseiller national lucernois né en 1963 et en fonction depuis 2015, n’exclut pas de se lancer : le dernier conseiller fédéral issu de Lucerne était Kaspar Villiger, en poste de 1989 à 2003, et la section cantonale de l’UDC l’encourage activement.

Plusieurs autres noms gravitent dans l’orbite de cette succession. Pascal Schmid, conseiller national thurgovien né en 1976 et responsable des questions d’asile au sein du groupe, réfléchit « évidemment » à une candidature, tout en étant conscient que sa capacité à rassembler une majorité parlementaire reste incertaine. Monika Rüegger, conseillère nationale d’Obwald née en 1968 et première femme du canton à siéger à Berne, avait décliné une sollicitation similaire lors du départ de Maurer. Jean-Pierre Gallati, directeur de la santé argovien, envisage également de se porter candidat selon l’Aargauer Zeitung. André Rüegsegger, conseiller d’État schwytzois né en 1976 et membre du gouvernement cantonal depuis 2012, est sollicité par sa section cantonale sans avoir encore tranché. Benjamin Giezendanner, conseiller national argovien né en 1982 et fils du politicien UDC Ulrich Giezendanner, envisage une candidature sous réserve du soutien de sa section. Enfin, Christian Imark, conseiller national soleurois né en 1982, n’exclut pas de se présenter et se positionnera après ses vacances.

Qui a déjà renoncé, et pourquoi ?

Yvan Pahud, conseiller national vaudois de 46 ans, a annoncé son retrait en déclarant à la RTS et à 24 Heures que « ce n’est tout simplement pas le bon moment », ajoutant que la candidature de Céline Amaudruz couvre déjà la représentation romande. Esther Friedli, conseillère aux États saint-galloise, a préféré se concentrer sur ses travaux à la chambre haute et sur sa propre réélection l’année prochaine — elle avait déjà renoncé en 2022 lors du départ de Maurer.

Magdalena Martullo-Blocher, figure de proue de l’UDC et conseillère nationale grisonne, a écarté toute candidature au motif d’une incompatibilité avec ses fonctions à la tête d’Ems-Chemie, groupe chimique coté dont elle assure la direction exécutive. Le président de l’UDC Suisse, Marcel Dettling, a pour sa part estimé que « sa mission est de diriger le parti ». Pierre-André Page, conseiller national fribourgeois et actuel président du Conseil national, renonce également, tout en apportant son soutien à son compatriote Nicolas Kolly. Sylvain Freymond, président de l’UDC vaudoise, a lui aussi décliné, préférant se consacrer aux élections cantonales vaudoises de février prochain.

Que nous dit cette configuration sur l’UDC et le Bundesrat ?

La multiplicité des candidats potentiels reflète une tension structurelle propre à l’UDC : le parti doit présenter un ticket susceptible de recueillir une majorité à l’Assemblée fédérale — ce qui implique de ménager les autres groupes — tout en satisfaisant une base militante attachée à une ligne ferme sur la souveraineté, la politique migratoire et les relations avec l’UE. Les profils les plus radicaux, comme Aeschi ou Matter, risquent de buter sur cet obstacle arithmétique. Les candidats issus d’exécutifs cantonaux, comme Schnegg, Ruppen ou Rüegsegger, offrent en revanche une image de gouvernance concrète qui peut rassurer au-delà du groupe UDC.

La question de la représentation féminine ajoute une couche supplémentaire à l’équation. Avec Amaudruz comme seule candidate déclarée à ce stade, et Rickli encore en attente, le parti se trouve dans une position inédite : il pourrait, pour la première fois de son histoire, envoyer une femme au Bundesrat — ou reproduire le schéma d’un ticket exclusivement masculin, au risque de subir des critiques de la part des autres groupes parlementaires lors du vote du 9 décembre.